[Insertion 5/7] Culture, sport, éducation, TIG... les exemples de l'insertion

Entre les initiatives qui développent l'insertion par l'activité économique en favorisant l'entrepreneuriat et celles qui soutiennent et accompagnent les personnes vers un retour à l'emploi, comment la question de l'insertion est-elle gérée dans les milieux de l'éducation, du sport, de la culture et dans le milieu carcéral ? Quatre exemples sur la métropole de Lyon. Cinquième volet de notre série consacrée à l'insertion, en parallèle de la conférence "Bienvenue dans l'économie inclusive", qu'Acteurs de l'économie-La Tribune organise, en partenariat avec la métropole de Lyon, ce mercredi 2 mai au Campus Saint-Paul de l'UCLy.
(Crédits : DR)
  • TIG, TRAVAILLER POUR REPARER

S'insérer sur un marché du travail déjà saturé constitue un double challenge pour les personnes condamnées. Des structures encouragent les peines alternatives. Parmi elles, le travail d'intérêt général assorti d'une activité professionnelle.

TIG Peines de sens

"J'imaginais que nous serions comme aux États-Unis, habillés en tenue fluo pour ramasser des déchets", ironise Nadia*, une jeune femme qui a converti son sursis en travail d'intérêt général (TIG) via l'association L'Olivier des sages à Lyon. Finalement, Nadia a eu des responsabilités et a même tenu la caisse de l'épicerie solidaire. Camille*, elle, a été condamnée à deux peines de prison ferme, converties en TIG. "C'est un bon moyen de réinsertion, sinon j'aurais été incarcérée", reconnaît-elle.

Créé en 1983, le TIG est un travail non rémunéré réalisé par une personne condamnée, majeure ou mineure, qui se substitue à la peine d'emprisonnement de courte durée ou au sursis. Les personnes sont accueillies par les collectivités (espaces verts, mairies, bibliothèques, etc.), dans des associations ou des entreprises habilitées. "Malheureusement, nous sommes peu de structures à le faire. Le TIG devrait être plus développé à Lyon", constate Zorah Ferhat, à la tête de L'Olivier des sages qui accueille une vingtaine de "tigistes" par an, suivis par des conseillers du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). Certaines structures, très sollicitées, sont parfois au bord de l'essoufflement, mais, comme le nuance le SPIP, de nouveaux postes se créent chaque année.

Lire aussi : Travail d'intérêt général, une peine de sens

En 2016, 441 personnes ont effectué un TIG dans le Rhône, sur 750 personnes condamnées en TIG chaque année en flux régulier.

"Travailler pour réparer, c'est une peine mieux comprise par les citoyens et cela participe à la prévention de la récidive", poursuit Laurence Marliot, directrice pénitentiaire d'insertion et de probation au SPIP du Rhône.

Une façon de lutter contre le tout-carcéral alors que les prisons françaises sont surpeuplées et n'offrent pas des conditions suffisantes pour préparer la réinsertion.

Développer le TIG

Quant aux personnes condamnées avec mise à l'épreuve ou en liberté conditionnelle, le Groupe pour l'emploi des probationnaires (GREP) Intérim, administré par des chefs d'entreprise, les aide à se réinsérer professionnellement. Sous l'impulsion du GREP, une centaine de sociétés ont accepté de former ou d'embaucher des probationnaires, comme la Métropolitaine d'Entreprise électrique à Vaulx-en-Velin ou la PME Bourdin Peinture et Plâtrerie à Vernaison (Rhône).

"Les structures qui accueillent sont trop isolées, il faut les fédérer », alerte Sylvain Lhuissier, délégué général de Chantiers-Passerelles à Lyon. Son association organise notamment des stages de remobilisation, à la sortie de prison ou pour les personnes condamnées. Elle sensibilise surtout à la nécessité de développer le TIG auprès des potentielles structures d'accueil et jusqu'aux couloirs de la Chancellerie.

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a d'ailleurs lancé un « chantier de la justice » sur le sens et l'efficacité des peines. Une agence nationale pour développer les peines alternatives pourrait voir le jour. (Les prénoms ont été modifiés). DG

  • SPORT, LE CHALLENGE

Lutter contre l'exclusion et développer l'insertion en s'appuyant sur le sport, tel est le sens que s'est donné la Tony Parker Adéquat Academy.

Tony Parker

" Nous avons essayé de nous inspirer de ce qui se faisait outre-Atlantique, car nous nous sommes aperçus qu'il existait plusieurs problématiques d'insertion", détaille Gaëtan Muller, directeur de l'Asvel, qui rappelle un paradoxe :

"Nous sommes dans la seconde métropole de France en matière d'emplois, ce qui crée des opportunités. Cependant, nous savons que 95 % des jeunes qui entrent dans les centres de formation sportifs ne suivront pas une carrière de professionnels, ce qui pose un véritable défi en matière d'emploi."

Sans compter également la question de la réinsertion des joueurs en fin de carrière. "On parle souvent de l'insertion des jeunes, mais on a aussi des médaillés olympiques qui se retrouvent parfois au Smic à 35 ans, et pour lesquels la situation est tout aussi difficile. Quelle que soit la ville, il existe donc un vrai besoin de reconversion ou d'accompagnement", ajoute-t-il.

"Denrée rare"

Les responsables du club de basket ont donc fait le pari de proposer aux jeunes de se former à la fois à leur sport et à un métier, au sein d'une nouvelle « académie » qui verra le jour en début d'année 2019 à Lyon. Avec un budget global de 15 à 20 millions d'euros, l'objectif est d'accueillir 50 à 100 jeunes par an, pour des formations du secondaire ou post-bac.

Pour y parvenir, l'Asvel va développer les partenariats public-privé en vue de jouer le rôle d'un institut de formation, mais aussi d'une agence de placement. "Nous avons déjà embarqué un certain nombre d'entreprises, des PME aux multinationales, qui voient à travers le sport la chance de pouvoir recruter des personnes partageant des valeurs. Les sportifs sont une denrée rare pour les entreprises, puisqu'ils apportent un certain état d'esprit, un dépassement de soi et un goût de l'effort qui permettent aussi de faire évoluer la société", indique Gaëtan Muller. Dès 2018, un bachelor en association avec l'économie du sport sera créé hors les murs, en partenariat avec emlyon business school.

Les jeunes retenus sur dossier devront à leur tour s'engager à respecter une charte de valeurs. "En échange, ils auront accès à une première chance. Et on ne parle pas d'un stage, mais bien d'un emploi", précise le dirigeant, qui se fixe l'objectif de fédérer un noyau d'entreprises représentant jusqu'à un million de collaborateurs. ML

  • CULTURE, POUR UNE INSERTION INCLUSIVE

La culture est un levier d'insertion pour des publics fragiles, mais aussi pour des porteurs de projets qui créent de l'emploi. Tour d'horizon d'initiatives lyonnaises.

culture

Dans sa signature, Nawel Boughanem peut désormais indiquer fièrement "entrepreneure culturelle". Cette jeune femme de 33 ans, originaire de Bron, a sauté le pas récemment. Depuis mars dernier, elle est accompagnée par le programme "Entrepreneurs dans la ville", destiné aux jeunes des quartiers prioritaires, qui a ainsi suivi 15 entrepreneurs dans le domaine culturel depuis 2007. Après une formation à emlyon business school, inespérée auparavant, Nawel Boughanem compte développer des visites guidées avec des artistes, dans les quartiers en transition de la ville. Pour en arriver là, il a fallu casser de nombreux blocages. "J'avais une vision-cliché de l'entrepreneuriat, destiné aux gens de bonne famille uniquement", s'étonne-t-elle encore. Dans l'entrepreneuriat social, l'incubateur Ronalpia a pour sa part, depuis 2014, suivi cinq porteurs, parfois en situation précaire, pour mener des projets culturels. CréaMigra, par exemple, offre des ateliers de médiation par le théâtre pour faciliter l'intégration de personnes migrantes.

Incontournable à Lyon, l'association Arty Farty a rejoint récemment la « Charte des 1 000 » entreprises engagées pour l'insertion et l'emploi dans la métropole. Au travers du festival Nuits sonores, l'association s'implique auprès des jeunes des quartiers défavorisés. Un peu plus loin, à Villeurbanne, le Centre culturel œcuménique (CCO) œuvre comme un laboratoire d'innovation sociale et de solidarité. En interne aussi, l'insertion est une priorité, avec des contrats aidés notamment. En 2018, le CCO a une nouvelle ambition : créer un tiers-lieu éphémère dans le quartier du Carré de soie, orienté sur le "faire et vivre ensemble".

Un modèle hybride

Soutenu par des collectivités, le CCO compte également sur des ressources propres pour s'en sortir.

"Nous allons vers un modèle économique où nous aurons de moins en moins de subventions disponibles, donc on prévoit un modèle plus mixte. Au CCO l'Autre Soie, nous pourrons offrir de nouvelles prestations avec un bar, de la restauration ou des concerts", détaille Fernanda Leite, la directrice du lieu.

"En général, ces structures ont des modèles économiques plutôt hybrides, confirme Armelle Martin, directrice de Rhône Développement Initiative (RDI). Dans le domaine de l'insertion, il existe des aides à l'emploi, des subventions pour compenser le manque de productivité, mais aussi une vente de prestations pour avoir un chiffre d'affaires." L'association participe au programme métropolitain d'insertion pour l'emploi 2016-2020. Depuis toujours, elle soutient des structures créatrices d'emploi, en trouvant un modèle économique et des solutions de financement. Ainsi, la salle de concerts Le Périscope a été soutenue financièrement par RDI pour créer Lobster, un espace coopératif pour aider les musiciens, souvent en situation précaire, à se produire. DG

  • EDUCATION, REDONNER CONFIANCE AUX JEUNES

Pour une insertion efficace et pérenne des jeunes, l'éducation est l'une des clés de réussite. Encore faut-il lui (re)donner du sens.

Karim Mahmoud-Vintam

 Karim Mahmoud-Vintam.

"Notre mission consiste à produire et à diffuser des méthodes, outils et formats qui seront au service de la réconciliation avec soi-même et avec la société et le monde", rappelle Karim Mahmoud-Vintam, fondateur et délégué général des Cités d'or, un mouvement d'éducation populaire. Car selon lui, l'un des principaux écueils se situe dans les contradictions du quotidien, les fractures qu'il faut pouvoir dépasser pour donner du sens à la vie.

"Nos quartiers sont des mines d'or inexploitées. Lorsqu'on parle d'insertion, on peut identifier plusieurs initiatives qui se développent par le biais de la justice, du sport, du militaire ou de l'économie, mais ce sont bien souvent des programmes qui ne nourrissent qu'un champ de la question", regrette-t-il.

Il réfute ainsi la logique selon laquelle l'insertion professionnelle conduit nécessairement à une insertion sociale. "Lorsque nous nous focalisons sur l'insertion professionnelle sans considérer la personne dans son ensemble, c'est comme si l'on souhaitait construire une maison en commençant par les murs et les fenêtres, sans fondations." Et de citer en exemple le cas de jeunes auxquels on propose un poste et qui démissionnent au bout de deux semaines.

Développer un rapport critique au monde

Les Cités d'or travaillent donc, sur le terrain, à "un modèle d'inclusion par le sens", où les jeunes peuvent, à travers des projets concrets, explorer leurs propres compétences humaines.

"On développe la capacité à se connaître soi-même, à s'exprimer et à convaincre, à s'informer pour être acteur de sa vie, à entretenir du lien humain et à comprendre le fonctionnement de son environnement", glisse-t-il.

Bien souvent, la structure fait travailler les jeunes à partir du parcours de vie d'un personnage (sportif, politique ou autre) en vue de développer, à travers ce processus de réflexion, des habiletés relationnelles, ainsi que la capacité à s'informer à travers des ateliers de production de l'information. "Nombreux sont ceux qui ne s'informent pas, ou mal. Cet exercice permet de développer un rapport plus critique au monde." Quant à la suite, elle se doit d'avoir plusieurs visages, estime le fondateur, à l'image des jeunes accompagnés.

"Il ne peut pas y avoir de solution standard, car l'objectif réside dans le fait que les jeunes puissent devenir acteurs de leur vie. Quand la personne se connaît, elle peut choisir un emploi salarié, ou choisir de lancer un projet qui lui tient à cœur. D'autres vont même reprendre une formation, mais cette fois en sachant pourquoi."ML

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