[Insertion 2/7] Les entreprises entrent dans la danse

Institut Télémaque, Sport dans la ville, Nos quartiers ont des talents... les employeurs trouvent dans ces structures un supplément d'âme pour accompagner des jeunes dans leurs projets professionnels. Pour les entreprises, il s'agit aussi d'une façon de les sensibiliser à des métiers qu'ils ne connaissent pas et d'occuper une place dans l'échiquier de la problématique de l'insertion. Second volet de notre série consacrée à l'insertion, quelques jours avant la conférence "Bienvenue dans l'économie inclusive", qu'Acteurs de l'économie-La Tribune organise, en partenariat avec la métropole de Lyon, le 2 mai au Campus Saint-Paul de l'UCLy.

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)

Les jeunes d'aujourd'hui seront les actifs de demain. Au-delà de cette lapalissade, les entreprises ont pris conscience de l'intérêt de se rapprocher de ces futurs collaborateurs en herbe, de plus en plus tôt, dès l'école.

"On ouvre ainsi les jeunes à la réalité de l'entreprise. Les entreprises, elles, gagnent à ce que les jeunes découvrent des métiers dont ils ne connaissent pas forcément l'existence", témoigne Florence Poivey.

Aussi la présidente de la commission éducation, formation et insertion du Medef national confirme-t-elle "l'importance pour les jeunes de posséder plusieurs expériences et d'avoir la possibilité de mieux appréhender l'univers de l'entreprise tout au long de leur cursus scolaire, de la sixième à la terminale. Ce parcours influencera positivement leur orientation et leur insertion. Et l'Éducation nationale sait désormais que neuf jeunes sur dix finiront par intégrer une entreprise".

Le conseil éducation-économie, constitué en 2013 par le ministère, vise à suivre la bonne mise en place des actions École-Entreprise (EE) dont le point d'orgue est, sans doute, "la semaine EE". Et elle est prise au sérieux : quelque 11 000 entreprises et 56 000 établissements scolaires ont pris part, en 2016, à la 17e édition, touchant 200 000 élèves selon les données officielles.

De son côté, le Medef recense sur un site ad hoc toutes les bonnes pratiques amorcées en la matière par ses antennes régionales, et pouvant être partagées.

"Les demandes des établissements scolaires sont centralisées par le Medef régional Auvergne-Rhône-Alpes et sont ensuite ventilées en fonction de leur localisation", avise Nathalie Bonnot, chargée de mission handicap et action école-entreprise au Medef de l'Ain. Une nouvelle impulsion est donnée pour une action tournée vers les lycées par Alain Palisse, élu président du syndicat patronal du département en 2015.

"Nous avons commencé par les démarcher afin d'identifier leurs besoins de stages. Nous sommes dans une période un peu probatoire où le conseil régional, qui a conçu de nouveaux dispositifs, nous challenge."

De moments d'expérience partagés avec le milieu scolaire, Florence Poivey n'en manque pas. De ses années à la tête d'Union Plastic, une PME de la Haute-Loire, reconnue pour sa politique sociale responsable − et entrée en 2015 dans le giron de l'industriel auvergnat Omerin −, l'ex-dirigeante d'entreprise se remémore avec bonheur les relations nouées avec le collège de Saint-Didier-en-Velay, commune où est localisée Union Plastic.

"J'ai accompagné des expériences de mini-entreprises coconstruites avec les professeurs. Se connecter aux jeunes du territoire est important quand on sait la faible mobilité en France."

Une initiative, née aux États-Unis, portée par la fédération Entreprendre pour apprendre (EPA) afin d'insuffler l'esprit d'entreprendre chez les collégiens et lycéens, et qui connaît un certain engouement.

"Promouvoir la diversité"

Aider les jeunes à prendre confiance en eux, favoriser l'ascenseur social en s'appuyant sur le parrainage d'entreprises, telle est la raison d'être de plusieurs structures, portées par des dirigeants ou des entreprises. L'association Télémaque agit, depuis 2005, pour accompagner des jeunes "méritants", de la cinquième à l'obtention du baccalauréat. L'antenne régionale Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Thierry de La Tour d'Artaise, PDG du groupe Seb, compte ainsi une trentaine d'entreprises membres. Association dont bioMérieux est adhérente depuis 2014.

"Télémaque correspond parfaitement à notre gestion des ressources humaines axée sur le développement des compétences. C'est en totale cohérence avec ce que nous demandons à nos managers. Une manière ainsi de promouvoir la diversité", témoigne Patrick Lepagneul, directeur des ressources humaines pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique (regroupant 5 400 salariés).

"Le jeune parrainé vient dans l'entreprise rencontrer son tuteur. Nous l'accueillons pour des stages et nous l'aidons à formuler son projet professionnel futur."

L'implication du spécialiste du diagnostic microbiologique clinique et industriel dans Sport dans la ville relève de la même préoccupation. Cette structure lyonnaise née il y a 18 ans et œuvrant à l'insertion par le sport accompagne des jeunes sur le chemin de la formation et de l'emploi à travers son programme "Job dans la ville".

"Notre politique en faveur de l'insertion des jeunes existe depuis longtemps, mais nous le faisions sans l'ébruiter. Elle s'est intensifiée ces dix dernières années avec la montée en puissance de l'alternance, souligne le DRH. En septembre dernier, nous avons recruté 140 apprentis pour des durées de contrat de 12 à 24 mois en production, dans les services de R&D ou encore dans des fonctions support. Nous contribuons à leur formation et ils remplissent des missions qui insufflent de la valeur ajoutée dans nos organisations. Une opération donnant-donnant."

Sur la question de l'alternance, Florence Poivey insiste sur le travail engagé conjointement par le Medef et l'association nationale des Apprentis de France. "25 % des contrats ne vont pas jusqu'au bout. Il faut détecter plus rapidement les dysfonctionnements. Un chemin à mener à trois : Éducation nationale, entreprises et jeunes", détaille-t-elle.

En Île-de-France et plus récemment en Normandie, les tuteurs en entreprise ainsi que les formateurs dans les établissements scolaires bénéficient d'un accompagnement.

L'entreprise au cœur du social

Pour sa part, Jérôme Salord, fondateur de SantéVet, assureur pour les animaux, a attendu que sa PME soit suffisamment solide pour s'engager dans des actions de ce type. La société a rejoint Télémaque en 2015. Un an plus tard, elle a adhéré à "Nos quartiers ont des talents".

"Certains de nos salariés parrainent des jeunes, y compris des jeunes diplômés qui ont des difficultés à décrocher leur premier emploi. Mon objectif est de contribuer à remettre le monde de l'entreprise au cœur du social et de la cité en touchant les jeunes. Les entrepreneurs sont trop souvent éloignés du reste de la population, énonce le patron. La création de notre école « RC Academy » est présentée comme un maillon important de notre dispositif social. Nous recrutons des personnes de 22 à 44 ans. Au préalable, Pôle emploi leur a fait passer des tests. Ils sont vierges de toute expérience dans notre métier et nous accédons ainsi à des profils très différents."

 La première promotion est composée de six jeunes venus de l'extérieur, admis pour cette formation d'un semestre aux côtés de six salariés de l'entreprise. Ces derniers suivent un programme allégé qui leur donne une double compétence complémentaire à leur fonction actuelle.

Autre initiative : à l'échelle lyonnaise, la Métropole a lancé, avec la Maison de l'emploi, la "Charte des 1 000". L'enjeu consiste à obtenir, d'ici 2020, l'engagement de 1 000 entreprises en faveur de l'insertion et de l'emploi. À la mi-octobre, SNCF mobilités Auvergne-Rhône-Alpes était la 463e à signer cette convention et à soutenir La cravate solidaire. Cette association, labellisée socialement innovante et dotée d'une antenne à Lyon depuis fin 2015, lutte contre la discrimination à l'image.

Elle collecte des vêtements auprès d'entreprises et de particuliers : costumes, tailleurs, chaussures, cravates. Si la tenue ne fait pas le moine, elle concourt pourtant à aider les demandeurs d'emploi à aborder leur premier entretien d'embauche, auquel les préparent des recruteurs bénévoles. Toute idée est ainsi bonne pour lutter contre le chômage et remédier à la distorsion entre demandes et offres d'emploi.

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