Les ambitions de Renaud Sornin pour la French Tech lyonnaise

Après une passation de neuf mois, et une légère hésitation due à des divergences — résolues — autour de la gestion de la Halle Girard, lieu totem de la French Tech à Lyon, Renaud Sornin a finalement relevé le défi de la présidence de cette association emblématique. L'entrepreneur, fondateur d'Attestation Légale, a désormais pris ses marques. Et dévoile les ambitions du collectif pour les deux prochaines années.

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(Crédits : DR)

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Les divergences autour de la question de la Halle Girard, lieu totem de Lyon French Tech, ont failli vous faire renoncer à vous présenter à la présidence de l'association. Qu'en est-il aujourd'hui ?

C'est vrai qu'il y a eu des tensions, des questions d'ego provoquées par des déséquilibres d'intérêts entre les différentes parties. Mais nous sommes désormais accordés, la "Tech" retrouve une bonne place dans le consortium qui est composé d'Arty Farty, du Groupe SOS et d'Axeleo. Ce dernier remplace 1Kubator.

En insufflant ce nouvel équilibre dans la gouvernance, on donne aussi le mouvement pour ce lieu : il sera moins tourné vers l'incubation de startup, mais bel et bien vers l'accélération d'entreprise, en phase avec notre projet Lyon French Tech. Ce sera aussi l'occasion de réconcilier différents acteurs pour éviter la fracture digitale entre tous les mondes.

La question de l'accélération est centrale dans votre nouvelle feuille de route. Que cela signifie-t-il exactement ?

Notre première ambition, c'est de nous recentrer autour des fonctions régaliennes de l'association. Nous devons arrêter de nous disperser. Nous allons reprendre en main l'administration des dispositifs French Tech en local, le Pass French Tech en tête. Il était administré pour notre compte par Digital League.

Les processus de création, d'amorçage sont bien ancrés, il nous faut désormais repérer les pépites et les faire grandir. Nous allons donc identifier au plus vite l'ensemble des actions menées et les partager selon les acteurs et les compétences dont nous disposons.

Éventuellement, si le besoin se fait sentir, nous pourrions compléter le maillage pour combler un manque si aucun de nos adhérents ne voulait les prendre en charge.

L'engouement autour de la création est acté : il faut désormais se recentrer sur les champions : comme dans une entreprise, quand on se concentre sur son client principal, celui qui a un fort potentiel de croissance. Il faut casser le plafond de verre de l'hypercroissance.

Est-ce à dire qu'il y a trop d'acteurs autour de l'écosystème numérique local, voire régional ?

Mon prédécesseur, Patrick Bertrand, a fait grandir l'association, elle a une très belle visibilité à Lyon comme en France. L'équipe a fait un travail incroyable, avec peu de moyens, sans pour autant parasiter ce qui existait. C'est un beau collectif, et c'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai souhaité me présenter.

Nous sommes dans une logique de structuration de l'accompagnement : au départ, l'ensemble des acteurs ont tous fait un peu de tout, puis, au fur et à mesure du temps, ils se sont spécialisés sans pour autant qu'il y en est trop.

En conséquence, nous sommes dans un système de "coopétition" : nous sommes des compétiteurs sur nos territoires, mais nous jouons collectif en dehors. Lyon French Tech peut briller, mais ce serait manquer d'humilité que d'aller tout seul ailleurs. Le territoire doit s'effacer au profit de l'intérêt général quand cela est nécessaire, comme au CES par exemple. Une étoile seule ne brille pas ; mais quand elle s'inscrit dans une constellation, qu'elle est identifiable par rapport à une étoile reconnue, là elle est visible de bien plus loin.

Le fait que vous soyez vous-même, pour Attestation Légale, détenteur par trois fois de ce Pass French Tech, un dispositif d'accompagnement des entreprises en forte croissante, est un symbole fort...

Être président, c'est un moyen de rendre ce que l'on m'a apporté, de tester ma citoyenneté et de contribuer au bien commun, dans le juste respect de mes actionnaires (Attestation Legale a levé 5 millions d'euros fin mars 2018).

Et puis c'est salvateur. Pour moi, mais surtout pour mon entreprise. Il faut connaître ses limites : les hommes du début ne sont pas ceux de la fin. Il faut oser laisser et perdre sa place, je n'ai plus de pouvoir opérationnel.

Cela ne veut pas dire que je serai, pour compenser, l'incarnation de Lyon French Tech, je me méfie des gourous, je ne trouve pas cela moderne, c'est une vision passéiste. Je souhaite plutôt, comme chez Attestation Légale, une polyincarnation de Lyon French Tech. Je suis donc là en soutien de Virginie Delplanque.

Car notre second objectif, c'est de fédérer les énergies, poursuivre les collaborations, les mises en relation comme nous le faisions déjà. L'idée est tout de même de progresser. Elles peuvent être moins nombreuses, mais plus qualitatives par exemple. Enfin, nous devons développer le sentiment d'appartenance à Lyon French Tech, il faut que tous les entrepreneurs métropolitains se sentent en lien direct. Du fait que ce sont des structures qui adhèrent, ils peuvent se sentir parfois éloignés...

Vous avez installé à l'advisory board d'Attestation Légale 50 % de femmes, vous revendiquez 50 % de clientes... la question des femmes est importante pour vous. Et pourtant, la place des femmes dans l'ecosystème numérique, et notamment dans la création d'entreprises est loin d'être paritaire. Que faire ?

C'est une question primordiale. Si l'on manque d'entrepreneures femmes, c'est qu'elles manquent de visibilité. Je suis favorable aux quotas dans ces cas-là. Il faut passer par cette phase détestable pour imposer les femmes, casser la logique dans une forme de discrimination positive. La vraie question, c'est que plus que les femmes, c'est la féminité que l'on refuse de faire rentrer dans les entreprises. L'homme est une femme comme les autres : l'empathie ou les pleurs ne sont pas réservés aux femmes. Quand les codeurs seront capables d'afficher leur sensibilité, alors on pourra attirer les femmes à ces métiers. Tout est une question de courage. Mais la nouvelle génération arrive : je suis optimiste, il y a de moins en moins d'écarts. En attendant, nous allons poursuivre le travail déjà engagé, notamment avec le réseau L Digital.

Lire aussi : Numérique : où sont les femmes ?

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