A Villeurbanne, Allogenica sur la piste d'une immunothérapie cellulaire contre les cancers du sang

Créée début 2022 à Villeurbanne (Rhône), la startup Allogenica souhaite proposer des médicaments à base de cellules CAR-T, issues du domaine de l'immunothérapie cellulaire, pour cibler certaines formes de cancers du sang. Elle vient de boucler une levée de fonds de 500.000 euros pour développer une chaîne de bioproduction lui permettant de réduire les délais et les coûts de production, tout en poursuivant ses essais cliniques sur un modèle animal.

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Le Dr Inna Menkova envisage une certification de sa technologie par les autorités de santé d'ici à 2024, arguant qu'en produisant des cellules dérivées de cellules souches dans des bioréacteurs, il serait ainsi possible de réduire par 10 les coûts de fabrication.
Le Dr Inna Menkova envisage une certification de sa technologie par les autorités de santé "d'ici à 2024", arguant qu'en produisant des cellules dérivées de cellules souches dans des bioréacteurs, il serait ainsi possible de réduire par 10 les coûts de fabrication. (Crédits : Allogenica)

C'est une petite révolution qui s'annonce dans le domaine de la recherche d'un traitement contre les leucémies et lymphomes. A Villeurbanne (Rhône), la startup Allogenica, créée en janvier 2022 par le Dr Inna Menkova, vise à développer des traitements dans le domaine de l'oncologie en s'appuyant sur un nouveau champs de recherche : les cellules CAR-T présentes dans le domaine de l'immunothérapie cellulaire.

C'est d'ailleurs pour industrialiser toute sa nouvelle chaîne de bioproduction en cours de développement, mais aussi pour la poursuite de ses essais pré-cliniques sur un modèle animal, qu'Allogenica vient de lever 500.000 euros auprès de plusieurs Business angels : Health Angels Rhône-Alpes (HARA), 33 Californie et Aloe private equity. Cette levée de fonds a été facilitée par une labellisation Deeptech et French Tech Seed par BPI France.

Le traitement par cellules CAR-T (Chimeric Antigenic Receptor-T) ou CAR-T cells, se présente en effet comme une stratégie d'immunothérapie cellulaire qui vise à combattre le cancer, en s'appuyant sur le propre système immunitaire du patient.

Les premiers médicaments à base de cellules CAR-T sont arrivés sur le marché en 2017 et ce secteur s'affiche déjà en forte expansion, avec un chiffre d'affaires enregistré de près d'un milliard de dollars en 2020 et une croissance de 30 à 40 % par an. Les estimations tablent sur un marché de 8 milliards de dollars dans le monde et de 500.000 euros en France en 2028.

Six traitements disponibles dans le monde

Un champs qui présente des atouts de taille, selon le Dr Inna Menkova, immunologiste et CEO d'Allogenica :

"Aujourd'hui, ces nouvelles thérapies cellulaires personnalisées reposent sur le prélèvement de cellules d'un patient malade (ici les lymphocytes T), leur modification génétique afin qu'ils puissent reconnaître toute cellule cancéreuse puis leur réinjection au patient".

Concrètement, un gène est introduit dans le noyau des cellules pour produire des « récepteurs antigéniques chimériques » (CAR) à la surface des lymphocytes T. Une fois dans l'organisme, les cellules CAR-T reconnaissent et ciblent les cellules tumorales de manière spécifique grâce au récepteur CAR, ce qui permet de les éliminer.

A ce jour, six traitements de ce type sont disponibles dans le monde, fabriqués pour chaque patient (thérapies autologues). Deux sont autorisés en France.

Allogenica se distingue de ses concurrents par la production de thérapies allogéniques et non autologues. En effet, le Dr Inna Menkova distingue quatre problématiques liées aux traitements actuellement sur le marché :

"Ce sont des traitements produits à façon pour chaque patient à partir de ses propres cellules, mais certaines peuvent être abîmées, ce qui entraîne une impossibilité d'en produire de qualité suffisante. Par ailleurs, cette thérapie n'est proposée qu'en 2e ou 3e ligne de traitement, à des patients incurables, qui ne peuvent pas forcément attendre le temps de fabriquer le produit. De plus, nous n'avons pas aujourd'hui les infrastructures industrielles pour couvrir tous les besoins de tous les patients. Enfin, le coût de ces thérapies, plus de 300.000 euros par patient reste très élevé, ce qui pèse lourd sur le système de santé", détaille-t-elle.

Traitements allogéniques à partir de cellules souches

Pour tenter de pallier ces problèmes, le Dr Menkova a décidé de travailler sur des traitements allogéniques, à partir de donneurs sains et non de patients.

"Nous avons repensé le modèle en partant des cellules souches hématopoïétiques qu'on trouve dans le sang du donneur, ce qui nous permet de les dériver et de les utiliser dans un contexte universel", décrit-elle. Un procédé jugé à la fois "moins complexe" tandis que le traitement peut être immédiatement disponible, "contrairement aux thérapies actuelles qui nécessitent entre 2 et 3 semaines de fabrication, sans compter les contrôles qualités et la logistique d'envoi des cellules".

En moyenne, actuellement, le délai entre l'entrée du patient à l'hôpital et sa sortie est d'environ deux mois. "Aujourd'hui notre processus de fabrication dure trois semaines mais nous pouvons faire du stock et le traitement peut être prêt à l'emploi", précise-t-elle.

Phase clinique prévue chez l'homme en 2026

Le Dr Menkova a réalisé la preuve de concept de son traitement, financée à hauteur de 500.000 euros par la SATT Pulsalys et hébergée par le laboratoire du Centre Léon Bérard à Lyon. "Nous sommes engagés dans des études pré-cliniques. Le développement de la startup prévoit l'entrée en phase clinique chez l'homme en 2026", déclare-t-elle.

La jeune pousse compte actuellement deux salariées et prévoit huit recrutements supplémentaires dans les deux ans à venir. Particularité d'Allogenica : elle développe une plateforme de bioproduction avec l'introduction d'une seule modification génétique dans les cellules des donneurs.

"Notre volonté est de la faire certifier par les autorités de santé d'ici 2024", envisage le Dr Menkova, qui souligne qu'"en produisant des cellules dérivées de cellules souches dans des bioréacteurs, nous pouvons réduire les coûts de fabrication par 10".

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