Qru : cette jeune pousse iséroise qui met le cru au menu de l’alimentation animale

C’est en s’intéressant au contenu de la gamelle de leurs chiens que deux jeunes Iséroises, Mégane Richez et Estelle Evieux, ont eu l’idée de fonder Qru. Cette jeune pousse souhaite s’appuyer sur la vague anglo-saxonne du BARF (Biologically Appropriate Raw Food) pour proposer, à ses clients, des rations de viande crue et calculées sur mesure, avec l’ambition de mieux s’adapter aux besoins des animaux domestiques. Elle mène actuellement une levée de 600.000 euros afin d’accélérer son maillage national, et d’atteindre notamment les 1.000 points relais spécialisés dans la chaîne du froid, en France, d'ici à 2025.

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(Crédits : DR)

Proposer de la viande crue à des animaux carnivores, pour répondre aux besoins de leur métabolisme : l'idée n'est pas tout à fait nouvelle, elle a même un nom : le BARF (Biologically Appropriate Raw Food). Mais elle se heurtait jusqu'ici à des freins à la fois pratiques, mais aussi à la méconnaissance de l'alimentation animale, et des besoins journaliers de nos animaux à quatre pattes.

Mais pour Mégane Richez et Estelle Evieux, il s'agissait de « la » solution pour que les animaux domestiques, et notamment les chiens, mangent au plus près de leurs besoins naturels.

Face à l'héritage d'une alimentation essentiellement composée jusqu'ici de croquettes, issue de l'industrie agroalimentaire, la startup iséroise voulait proposer une alimentation alternative. D'autant plus qu'avec la crise sanitaire, la croissance du nombre d'animaux de compagnie, désormais considérés comme un membre à part entière du foyer, a fait son chemin dans l'esprit des ménages.

« Il existe un effet miroir où les gens commencent à s'interroger sur ce qu'ils donnent à leurs animaux, et notamment ce qu'ils mettent dans leur gamelle. Les animaux carnivores comme les chiens n'ont par exemple pas besoin de consommer des glucides, mais on en retrouve beaucoup dans les croquettes, car ils sont moins chers que la viande et permettent à ces aliments de mieux se tenir », explique Mégane Richez.

Pour autant, lorsque les propriétaires de chiens souhaitent faire préparer les repas de leurs animaux eux-mêmes, ils se heurtent à des freins de praticité, mais aussi à un manque de connaissances : « on ne sait pas vraiment quoi donner et sous quels apports. Sans compter que la viande crue n'est pas toujours facile à travailler », admet-elle.

Un menu cru mais adapté au profil de l'animal

C'est donc en s'appuyant à la fois sur des recommandations formulées par des organismes comme le NRC (National Research Council Committe on Animal Nutrition) et par la Fédération européenne de l'industrie des aliments pour animaux familiers (FEDIAF), que QRU a établi « sa », ou plutôt « ses » recettes.

Chaque menu, composé de plusieurs types d'ingrédients (viande rouge ou blanche, os charnus, abats, fruits et légumes, huiles) est confectionné à la main, depuis un entrepôt installé en région grenobloise, qui emploie déjà 12 salariés.

Au delà du BARF, Qru voulait aller plus loin en proposant une alimentation sur mesure, fabriquée et calculée en fonction des besoins et de la physionomie de chaque animal. C'est pourquoi lors de leur commande, chaque nouveau client devra d'abord enseigner des informations sur son animal, afin qu'une nutritionniste détermine son profil alimentaire.

« Nous proposons ensuite une ration journalière déjà calculée, qui est livrée congelée et se décongèle directement dans le réfrigérateur, pour être ensuite donnée en une ou plusieurs fois », détaille Estelle Evieux.

Les rations seront ensuite livrées une à deux fois par mois, au sein d'un réseau de points relais partenaires, dotés de congélateurs et financés en partie par la startup, selon un système d'aides à l'achat, bâti en fonction du volume du congélateur acheté.

Pour ses livraisons, elle fait appel à trois transporteurs spécialisés dans la chaîne du froid, dont l'un d'entre eux se spécialise dans la livraison du dernier kilomètre, en région parisienne.

L'enjeu de la livraison (et de la chaîne du froid)

Les deux cofondatrice savent d'ailleurs que l'élargissement et la diversification de leurs « points relais » deviendra un point clé pour leur développement à venir.

Avec déjà 70 points relais partenaires, qui leur permettent de livrer plus de 3.500 rations chaque semaine à près de 500 clients dans toute la France, leur objectif est de continuer à faire croître ce réseau, que ce soit à travers des magasins ou structures spécialisées, comme des centres d'éducation, de toilettage canin, mais aussi des écuries, des haras, producteurs bio, et en les rémunérant sur une commission sur le volume livré.

C'est pourquoi la jeune pousse prépare une levée de fonds de 600.000 euros qui devrait aboutir courant 2022. Objectif affiché :  étoffer rapidement son réseau de points relais afin de pouvoir livrer plus de 5.000 rations par semaine.

Car à plus long terme, l'ambition serait même « d'atteindre les 1.000 points relais à l'horizon 2025, afin de s'imposer comme le leader du BARF personnalisé en France », confirme Estelle Evieux, qui n'exclut d'ailleurs pas d'exporter, dans un second temps, le savoir-faire de Qru dans d'autres pays européens.

Avec un prix TTC à l'achat moyen de 3,5 euros par portion de 500 grammes (pour un animal de 17 kilogrammes) et d'un minimum d'une semaine de commande, Qru sait que sa clientèle régulière, évaluée à « un peu moins de 500 clients par mois », demeure pour l'instant composée de CSP+, principalement composés de trentenaires et quarantenaires.

Près de la moitié résident en Auvergne Rhône-Alpes, mais elle estime que le potentiel à l'échelle française bien au-délà. « Notre cible s'élargit petit à petit aux familles », assure Estelle Evieux, qui estime que d'ici cinq ans, ce serait 3 à 5% des chiens qui pourraient être nourris à travers une alimentation alternative comme le BARF.

Si ce type d'alimentation peut aussi convenir aux chats, les deux fondatrices évoquent une complexité cependant supplémentaire pour adresser ce segment, « puisque les chats ont tendance à être plus difficiles au niveau de leurs goûts et aiment manger à volonté, ce qui se prête moins à l'alimentation crue », ajoute Mégane Richez.

Un concept confidentiel, amis qui veut croquer des parts de marché

Bien que le concept existe déjà depuis une dizaine d'années outre-Atlantique, et notamment en Australie, il demeure encore confidentiel en France.

Les deux cofondatrices ont néanmoins trouvé l'appui de certains professionnels du monde vétérinaire, comme le docteur May, vétérinaire à Faverges (Haute-Savoie), même si la tendance se veut encore embryonnaire : « Les croquettes classiques bourrées d'amidon ne constituent vraiment pas l'alimentation idéale. On ne nourrit pas des poules mais des carnivores ! Pour moi, la croquette s'assimile à la malbouffe pour l'homme. Il faut donc privilégier des rations comptant une large part de viande crue, le reste en légumes cuits pour les fibres et quelques compléments alimentaires comme la levure de bière pour avoir une flore bien dynamique et variée », estime ce vétérinaire "partenaire".

« Pour autant, il existe encore peu d'études à ce sujet car les travaux n'arrivent pas à obtenir de financements pour comparer les bénéfices de ce type d'alimentation, sur des échantillons représentatifs de chiens et de chats. Le cru reste encore beaucoup une alimentation testée en dernière chance, lorsque l'on rencontre des problèmes insolubles de dermite, de poils, etc », ajoute Mégane Richez.

Selon elle, les premiers retours de la clientèle sur les bénéfices associés à l'alimentation crue porteraient sur « la qualité du poil, la diminution de la quantité de sel et des odeurs, ou même parfois sur une amélioration des problèmes d'otites ou de la fécondité du côté des éleveurs ».

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