Décret tertiaire : le lyonnais Lowit s’appuie sur l’IA pour « massifier » les audits énergétiques des bâtiments

C’est une jeune pousse lyonnaise qui a voulu prendre un sujet d’actualité à bras le corps. Car face à une réglementation jugée « extrêmement ambitieuse », et qui vise à réduire la consommation énergétique des bâtiments à usage tertiaire de 40% dès 2030 (et de 50 % en 2040 et 60 % dix ans plus tard), Lowit a voulu proposer un outil d’aide à l’analyse mais aussi à la décision, qui permette de « massifier » les audits énergétiques mais également, de proposer différents scénarios à ses clients en s’appuyant sur l’IA.

6 mn

Dans le viseur de Lowit ? Un marché potentiel de quelques 3,2 millions de bâtiments tertiaires existants en France, qui représentent près d'un milliard de mètres carrés à auditer et rénover énergiquement.
Dans le viseur de Lowit ? Un marché potentiel de quelques 3,2 millions de bâtiments tertiaires existants en France, qui représentent près d'un milliard de mètres carrés à auditer et rénover énergiquement. (Crédits : Andrey Popov - Fotolia.com)

« On oublie souvent que les bâtiments concernés par le décret tertiaire sont extrêmement variés et ne sont pas constitués uniquement des surfaces à bureaux : ce sont tous les bâtiments qui ne sont ni industriels ni agricoles, et qui comprennent à la fois l'hôtellerie, la santé (Ehpad, cliniques, hôpitaux), les bâtiments gérés par les collectivités (crèches, écoles, restaurants scolaires, salles de fêtes, etc) », résume Thomas Lagier, cofondateur de Lowit.

Et en plus de prévoir des cibles de réduction ambitieuses en matière énergétique dès 2030, ce nouveau décret imposera également aux établissements concernés, à compter de septembre 2022, de devoir réaliser des suivis annuels de leurs consommations, afin de contrôler qu'ils sont sur la bonne trajectoire.

« Or, nous sommes partis du constat, il y a deux ans, que les outils conventionnels n'étaient pas du tout à l'échelle des attentes, qui supposent de pouvoir atteindre une véritable massification de la transition énergétique et notamment, de la partie audit, qui était jusqu'ici réalisée de manière traditionnelle, avec des visites pouvant prendre plusieurs semaines avant de se traduire en un rapport », ajoute l'entrepreneur.

Un jumeau numérique du bâtiment couplé à des algorithmes d'IA

C'est donc en se basant sur la création d'un jumeau numérique des bâtiments concernés que Lowit est en mesure de produire non seulement un audit personnalisé, d'un ou plusieurs bâtiments composant un parc immobilier, mais aussi d'établir différents scénarios de réduction de la consommation, en utilisant des modélisation permises par des algorithmes d'intelligence artificielle (IA).

« Nous nous basons pour cela sur une trentaine de jeux de données publiques ainsi que des données que l'on achète et que l'on croise pour caractériser un bâtiment, avant de poser uniquement les questions qui nous semblent nécessaires à son propriétaire », explique Thomas Lagier. Le tout sans visite et en l'espace de 24 à 48 heures.

Une offre qui se veut comme un outil d'aide à la décision, à destination des foncières et collectivités détenant un parc immobilier concerné par cette nouvelle réglementation. « Cela permet de rationaliser, d'objectiver, et de tester différents scénarios, ce que ne permettait pas jusqu'ici un simple rapport papier. Nos clients peuvent même rentrer différentes variables, comme de tester ce qui se passerait si, comme dans un contexte tel qu'aujourd'hui, le prix de l'énergie venait à doubler ».

S'il n'avance encore aucune statistique, Lowit affirme que son outil aurait déjà permis à des collectivités de 50.000 habitants de voter des budgets pluriannuels d'investissements allant jusqu'à 3 à 5 millions d'euros afin de les engager sur le chemin de la transition énergétique.

Des jeux de données que l'humain n'est pas capable d'analyser seul

« Il ne faut pas oublier que pour les collectivités territoriales, 75 % des émissions directes de gaz à effet de serre sont en réalité attribuables à la consommation de leurs bâtiments, que ce soit à travers leur mode de chauffage, mais aussi à travers des usages liés à la restauration collective, etc. C'est pourquoi l'IA nous sert de support, afin de modéliser l'ensemble de ces postes, afin de les calculer et de proposer différents scénarios », rapporte Thomas Lagier.

Une aide particulièrement importante, selon lui, lorsque les changements à mener sont nombreux, et à étaler dans le temps : « c'est une manière de mesurer toutes les actions possibles d'une part, de peser leurs avantages et leurs inconvénients, mais également de contribuer à bâtir des plans pluriannuels d'actions et d'investissements, en prévoyant les coûts sur le long terme, ainsi que le pilotage et le dimensionnement de certaines installations, qui peuvent être amenées à évoluer ».

La plateforme logicielle de Lowit référence aussi un ensemble de 150 dispositifs d'aides, déjà proposés par des organismes nationaux comme l'Ademe, mais aussi par les collectivités locales, afin de les intégrer directement dans les scénarios et les différentes actions proposées aux propriétaires, en allant même jusqu'à prédire le taux de probabilité qu'un dossier soit accepté, en fonction du dispositif et de la région concernée.

Un coût jusqu'à 5 fois moins élevé qu'un audit traditionnel

Côté modèle économique, Lowit facture un forfait de 1.700 euros par bâtiment pour la création du jumeau numérique et de l'audit énergétique (soit un tarif qui se veut "ultra-compétitif" face à un audit traditionnel, atteignant habituellement en moyenne les 6.000 euros), qui sera ensuite couplé à un abonnement mensuel, afin de pouvoir conserver et faire évoluer ce fichier dans le temps.

« Nous pensons qu'à l'image du monde bancaire, la digitalisation dans le secteur du bâtiment permettra avant tout de prendre en charge certaines actions, comme lorsque l'on consulte aujourd'hui de manière automatique son solde bancaire, mais en transférant des tâches à plus haute valeur ajoutée sur d'autres fonctions », estime Thomas Lagier.

Actuellement, après seulement 18 mois d'existence, Lowit emploie 19 salariés à Lyon et a déjà séduit une cinquantaine de clients, principalement des bailleurs publics, communes, communautés d'agglomération et hôpitaux, mais également des acteurs du marché privé, comme des industriels disposant de locaux tertiaires, des foncières, etc.

Un chiffre qui représente jusqu'à 2.000 à 3.000 bâtiments modélisés, car tous sont aux manettes en réalité de plusieurs actifs. « Notre panier moyen se situe aujourd'hui à 45.000 euros » , observe le fondateur de Lowit.

Avec dans le viseur, un marché potentiel de quelques 3,2 millions de bâtiments tertiaires existants en France, qui représentent près d'un milliard de mètres carrés, intégrant à la fois de petites SCI détentrice d'une poignée de bâtiments, aux grands acteurs ou foncières qui diposent, au contraire, plus de 11.000 bâtiments à gérer comme la Poste Immo, ou encore la SNCF...

Une levée de fonds de plus d'un million en cours

« Ce qui est intéressant, c'est qu'en plus de devenir un sujet d'actualité avec la hausse des prix de l'énergie et l'arrivée du décret tertiaire, la question de l'audit énergétique des bâtiments n'est plus seulement un sujet technique comme auparavant, mais il est devenu un enjeu stratégique qui anime désormais la gouvernance des collectivités, comme des entreprises », observe Thomas Lagier.

Pour contribuer à son développement et à la massification de son offre, le lyonnais serait d'ailleurs sur le point de boucler actuellement une levée de fonds de plus d'un million d'euros, et prévoit de recruter une dizaine de salariés (développeurs, chefs de projets et commerciaux) courant 2022. Avec l'objectif de dépasser le million d'euros pour son second exercice dès 2023.

6 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.