Spartan Space : la startup lunaire qui développe un refuge pour les astronautes

Son projet vise directement... la Lune. La startup Spartan Space, originaire de Brignoles (Var), développe une « maison lunaire », qui se veut comme un camp de base pour les astronautes, appelés à retourner sur des missions sur la Lune. Mais pour développer les premières briques de son prototype, elle a dû s'associer à deux isérois, Air Liquide et le CEA Grenoble, avant de s’envoler pour présenter son invention à l’Exposition Universelle de Dubaï.

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Dans ses projections, l'EuroHab (ou maison lunaire) de la startup Spartan Space pourrait ainsi permettre d'offrir une base de vie à deux à quatre astronautes lors de leurs missions sur la Lune. Conçues avec des technologies embarquant les savoir-faire des isérois Air Liquide et CEA Grenoble, deux prototypes de cet habitat de l'extrême sont actuellement présentés à l'exposition universelle de Dubaï.
Dans ses projections, l'EuroHab (ou maison lunaire) de la startup Spartan Space pourrait ainsi permettre d'offrir une base de vie à deux à quatre astronautes lors de leurs missions sur la Lune. Conçues avec des technologies embarquant les savoir-faire des isérois Air Liquide et CEA Grenoble, deux prototypes de cet habitat de l'extrême sont actuellement présentés à l'exposition universelle de Dubaï. (Crédits : DR)

Il avait commencé par développer de la robotique pour le domaine maritime, ainsi que pour le spatial... Le chercheur Peter Weiss (titulaire, entre autres, d'un doctorat de la Hong Kong Polytechnic University) est désormais à la tête de Spartan Space, une startup qui veut aider les astronautes à retourner sur la Lune.

Car après avoir travaillé une dizaine d'années à Marseille au sein de la division espace de la Compagnie Maritime d'Expertises (Comex), spécialisée dans l'intervention humaine et robotique pour les environnements extrêmes, Peter Weiss a mis au point un prototype d'habitat lunaire.

Son idée : proposer un refuge souple et amovible, permettant aux astronautes de disposer d'un à plusieurs camps de base en milieu hostile, et basé sur des technologies innovantes de récupération d'énergie, visant à assurer son autonomie.

Il s'est pour cela entouré de l'expertise des deux astronautes français, Jean-Jacques Favier et Jean-François Clervoy, et fait partie des acteurs sélectionnés par le CNES pour intégrer l'incubateur TechTheMoon.

Un prototype déjà en place à Dubaï

Et désormais, son projet n'a plus rien d'un rêve, puisqu'après avoir créé officiellement sa société en janvier 2021, il a passé les huit derniers mois en Isère, aux côtés du groupe Air Liquide et du CEA Grenoble. Objectif : construire les premières briques de son habitat lunaire, qui vient de s'envoler pour l'Exposition Universelle de Dubaï.

Car le projet intéresse bien au-delà des frontières hexagonales : il vient notamment de recevoir un prix de la fondation d'architecture Jacques Rougerie, et est invité à participer à la conférence IAC (International Astronautical Congress), qui se tient actuellement à Dubaï du 25 au 29 octobre, avant de rejoindre l'exposition universelle.

« Nous présentons deux prototypes à Dubaï : l'un en taille réelle, ce qui représente 7m de hauteur et de diamètre dans la grande messe du spatiale de Dubaï, et une maquette de taille réduite au sein du pavillon français de l'exposition universelle », explique Peter Weiss, cofondateur et Ceo de Spartan Space à La Tribune.

Une maison lunaire pour sécuriser les courts séjours

Son prototype d'habitat lunaire, nommé EuroHab, vise ainsi à proposer « un refuge habité seulement quelques jours dans l'année ». Intégrable à un lanceur spatial, son habitat gonflable et amovible, dont le coût de production est aujourd'hui estimé à 300 à 400 millions d'euros par unité.

Il pourrait même selon lui proposer une solution « rapidement opérationnelle » quant à de futurs opérations sur la lune, puisqu'EuroHab ne nécessiterait pas de construction « en dur » et pourrait être envoyé avant le départ des astronautes (y compris sur des zones difficiles d'accès), de manière à préparer leur arrivée sur site.

Une garantie qui pourrait également rallonger la zone couverte par les missions spatiales, en mettant à disposition des astronautes plusieurs "bases de vie", pouvant accueillir deux à quatre personnes.

« Les matières permettant d'assurer la structure de cet habitat existaient déjà en grande partie, notamment dans la composition des scaphandres actuels, mais tout l'enjeu était de bâtir l'ensemble de cet habitat et d'y intégrer notamment des technologies en matière de gestion de l'énergie », explique Peter Weiss.

Deux partenariats clés avec l'écosystème grenoblois

C'est d'ailleurs sur ces problématiques de gestion de l'énergie que la startup a fait appel d'une part, au CEA de Grenoble, afin de s'appuyer notamment sur une technologie de panneaux solaires souples développés par l'institution de recherche grenoblois, et qui pourraient ainsi se fixer plus facilement sur un habitat gonflable à l'image de celui imaginé par Spartan Space.

Sa startup lunaire a également collaboré, au cours des derniers mois, de manière étroite avec le groupe Air Liquide et notamment son site de Sassenage, où un entrepôt lui a été prêté afin d'assurer l'assemblage de ses équipements, mais aussi, de lui fournir un dispositif de purification de l'air, ainsi qu'un modèle de piles à combustible ayant une vocation particulière : « Nous travaillons avec Air Liquide sur un support de vie qui inclut une pile à combustible régénératrice, permettant de transformer l'eau en hydrogène et en oxygène, ainsi que l'inverse ».

Des travaux qui semblent "payants" puisque Spartan Space serait aujourd'hui en discussions avec le CNES ainsi qu'avec l'Agence spatiale européenne sur sa feuille de route. Elle étudie également la possible de mener de premiers tests et simulations sur des sites analogues qui pourraient reproduire les conditions de certaines missions spatiales, dont l'Ile-de-la Réunion.

« Notre force sera notre vitesse : il y a cinq ans, un tel projet n'aurait pas été possible et aujourd'hui, si nous attendons cinq ans de plus, quelqu'un d'autre le fera à notre place ».

La conquête spatiale : un « marché », jusqu'aux applications terrestres

Après des initiatives déjà issues du domaine privé comme Space X, Peter Weiss est convaincu qu'il existe à ce sujet un marché à prendre dans le domaine du spatial.

« Mais nous ne voulions pas aller dans la même direction que tout le monde, et construire une énième fusée. La partie qui nous intéresse est l'habitat : on sait aujourd'hui que les Américains notamment veulent retourner sur la Lune et il demeure beaucoup de choses à faire sur cette planète ».

Il place cependant cet objectif dans une visée plus large que la conquête spatiale elle-même : « tout l'enjeu est de pouvoir retourner sur une planète pour mieux comprendre son fonctionnement, et pas uniquement de planter un drapeau toujours plus loin ».

A ce titre, l'exploration de la Lune, dont les premières missions avaient démarré dès 1969, pourraient retrouver un nouveau souffle, d'après lui : « Aujourd'hui, nous n'avons pas les technologies pour protéger des astronautes sur de longues périodes et les envoyer sur des planètes aussi lointaines que Mars. Il nous faut d'abord tester un certain nombre de choses et à ce titre, la Lune est une bonne candidate, dont on connaît également encore peu la face cachée ».

Selon lui, l'enjeu n'est pas de trouver une manière de fuir ou d'habiter une autre planète, ni de se dédouaner des problèmes climatiques actuels, « mais au contraire de mener des travaux d'observations complémentaires qui nous ont déjà permis de prendre conscience de l'état de notre planète, mais aussi de travailler sur des technologies qui pourront servir sur Terre à l'avenir ».

Pour cela, Peter Weiss cite en exemple le dispositif de production et de stockage d'énergie sur le long terme, proposé par le CEA Grenoble, qui pourrait par exemple trouver une application terrestre dans la production d'énergie pour le marché des maisons secondaires, qui ont besoin d'énergies sur de courtes périodes, et ne sont pas habitées tout au long de l'année.

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