Stationnements vélos sécurisés : un marché lancé à pleine vitesse pour la PME ligérienne Altinnova

Inscrit dans la loi d'orientation des mobilités (LOM), le décret relatif au stationnement sécurisé des vélos en gare précise jusqu'au nombre minimal de places requises d'ici 2024 (soit 1.000 pour la gare de Lyon-Part Dieu ou de Paris-Saint-Lazare). De quoi "booster" les activités de la PME ligérienne Altinnova déjà bien implantée sur ce marché, mais aussi, plus largement, sur celui du stationnement en ville, avec des contrats significatifs déjà signés à Lyon, Saint-Etienne ou Grenoble, et même jusqu'à New York.

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Altinnova a installé et exploite 50 abris sécurisés résidentiels à Paris, un créneau en plein boom accompagné non seulement par la loi LOM, mais aussi, plus largement, par le lancement d'une mission parlementaire jeudi dernier pour la relocalisation de la filière vélos.
Altinnova a installé et exploite 50 abris sécurisés résidentiels à Paris, un créneau en plein boom accompagné non seulement par la loi LOM, mais aussi, plus largement, par le lancement d'une mission parlementaire jeudi dernier pour la relocalisation de la filière vélos. (Crédits : Altinnova)

Avec le manque de pistes cyclables, c'est l'un des premiers freins à la pratique du vélo : la problématique du stationnement sécurisé. D'une part, en raison du peu d'espaces disponibles dans l'habitat ancien des centres-villes pour stationner les vélos, dans les cours ou les caves par exemple. Et d'autre part, en raison de la multiplication des vols.

En 2020, selon la Préfecture de Paris, ce sont ainsi plus de 500 bicyclettes qui ont été dérobées chaque mois dans la capitale. Pour lever ce verrou et favoriser le développement des mobilités douces, l'Etat et les collectivités locales s'intéressent de plus en plus au sujet. Intérêt qui s'est accéléré depuis la crise sanitaire.

En juin dernier, était ainsi publié le décret relatif au stationnement sécurisé des vélos en gare, prévu par la loi d'orientation des mobilités (LOM). Celui-ci dresse la liste des gares soumises à cette obligation et précise le nombre de places minimales qui devront être disponibles avant 2024 (1.000 pour la gare de Lyon Part-Dieu par exemple).

Créée en 2003 par Corinne Verdier et Julien Lefebvre, l'entreprise ligérienne Altinnova surfe sur ce marché émergent du stationnement sécurisé pour vélos. Marché sur lequel elle s'est positionnée dès 2008, en complément de son offre initiale de stations-services pour cyclistes (gonflage, lavage etc) et qui représente désormais la part la plus importante de son chiffre d'affaires.

Prise de conscience des collectivités locales

La PME de 38 salariés (CA 2020 : 6 millions d'euros de chiffre d'affaires, CA 2019 : 4,7 millions d'euros) déploie actuellement, et jusqu'à fin 2022, ses stationnements sécurisés pour 120 gares de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Elle avait déjà équipé ces derniers mois, par exemple, la gare de Saint-Etienne Chateaucreux, la vélo station de la gare Montparnasse, le parc de stationnement vélos de Paris Saclay, le pôle d'échange multimodal de Chambéry, la gare de Lille Flandres etc.

Au-delà des gares, Altinnova est fortement sollicitée pour les centres urbains et les sites touristiques.

"Il existait déjà avant 2020 une tendance à l'accélération de l'utilisation du vélo mais il est certain que la crise sanitaire a amené une prise de conscience très profonde", note Corinne Verdier, co-fondatrice de l'entreprise. "Désormais, le sujet du vélo est politiquement décoloré. Aucun candidat à une élection ne peut plus faire l'impasse sur la question tant l'attente des citoyens est forte".

Résultat : les projets se multiplient, tant sur des problématiques de déplacements pendulaires que sur du stationnement résidentiel.

Altinnova a ainsi remporté l'année dernière un marché de la ville de Paris pour l'installation et l'exploitation de 50 abris sécurisés (300 places). Une solution accessible sur abonnement (75 euros par an), et qui a trouvé son public puisque les abris affichent complets.

Les abris Altinnova ont aussi été installés ces derniers mois dans d'autres métropoles comme Bordeaux, Saint-Etienne (consignes à vélo), Lyon (déploiement en cours de grands abris le long des lignes de tramways et équipement de 200 places de vélos pour le nouveau parking Saint-Antoine de LPA) etc.

Déjà présent dans 25 pays, Altinnova vient par ailleurs de remporter un contrat avec l'Américain Oonee, opérateur de stationnement, pour une expérimentation à New York et Brooklyn. Les abris fermés, fabriqués à Bonson dans la Loire, sont actuellement en cours de transit. Ils seront destinés au stationnement résidentiel, avec un design proposant une terrasse végétalisée

"Accompagner la pratique du vélo"

"Nous portons une ambition : accompagner au mieux les collectivités locales et les infrastructures publiques pour développer la pratique du vélo. Il n'est plus possible d'attendre pour réduire nos émissions de CO2", estime Corinne Verdier.

Car même si la crise a généré le report de certains dossiers, elle a aussi permis de donner un coup d'accélérateur à la jeune pousse. D'autant qu'après les déconfinements, de nombreuses villes ont mis en place des solutions d'urbanisme tactique, avec des voies cyclables temporaires, lançant du même coup de nombreuses expérimentations. "Vu le succès rencontré par la plupart d'entre elles, elles devraient désormais se pérenniser ", pousuit-elle.

Sur l'espace public, comme sur l'espace privé. Le quartier de la Défense par exemple, a commandé à Altinnova une dizaine de pompes à vélos sur l'esplanade ainsi que des stationnements sécurisés autoportants. Au Mont Saint-Michel, également, depuis cet été, les cyclistes peuvent accéder au site et garer leur engin de manière sécurisée, là encore avec des systèmes autoportants.

"Nous avons installé beaucoup de stationnements l'an dernier, un peu partout en France. Dans l'urgence du moment, ces systèmes sont plus souples et permettent en plus de tester les emplacements". Car en matière de stationnement vélos, l'emplacement est primordial. Une centaine de mètres d'écart et ces équipements peuvent manquer complètement leur cible...

Des innovations pour des abris sur mesure

Altinnova tire son épingle du jeu sur ce marché, émergent certes mais encore de niche, grâce à son statut de concepteur/fabricant. Pour maitriser au maximum sa production, la PME avait ainsi créée sa propre tôlerie industrielle en 2016, AltiSteel (15 salariés; CA 2020 : 1,5 million d'euros).

Elle investit par ailleurs plus de 250.000 euros par an dans la R&D et la création de nouveaux produits : consignes à vélo, box fermés ou ouverts automatisés, racks autoportants, box individuels, stations de gonflage et de lavage etc. Tous, insiste la PME, respectent les recommandations de la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette). Les box sont par ailleurs autonomes en énergie grâce à leurs panneaux solaires.

"Nous avons bien entendu une gamme au catalogue mais, en réalité, pour ce qui concerne nos solutions de stationnement sécurisées, elles sont bien souvent développées sur mesure", observe Corinne Verdier.

Elle prend l'exemple de Paris : "Le cahier des charges était extrêmement précis en matière d'alignement dans la file de stationnement des voitures puisque le principe est de retirer une place de stationnement pour y installer un abri sécurisé destiné à plusieurs vélos. Il fallait également que le design soit extrêmement soigné afin d'obtenir l'aval des architectes des bâtiments de France".

Cette politique de développement et d'innovation lui permet par ailleurs de proposer désormais des produits mixtes, associant des services gratuits de gonflage pour les cyclistes mais aussi les trottinettes et les fauteuils roulants, à ceux de stationnement.

Pour suivre sa croissance,  Altinnova recrute actuellement une dizaine de personnes. Et souhaite poursuivre à tout prix sa stratégie Made in France.

Stratégie en parfaite lignée avec la volonté du gouvernement de relocalisation de la production de toute la filière vélo. Volonté qui s'est matérialisée récemment par le lancement d'une mission parlementaire de trois mois, confiée au député Guillaume Gouffier-Cha, par ailleurs co-président du Club des élus nationaux pour le vélo.

Cette mission vise à faire un état des lieux des forces et faiblesses de l'industrie du cycle en France et de faire des propositions pour développer la relocalisation sur le territoire national.

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