Fermes verticales : ces deux projets qui prennent le virage en Auvergne Rhône-Alpes

TRANSITIONS ECOLOGIQUES. Répondre à la problématique de la raréfaction des terres agricoles, tout en consommant moins d'eau, zéro pesticides... En Auvergne Rhône-Alpes, deux récents projets, dont celui du démonstrateur du fabricant de Leds Lumiliite (Haute-Loire) et de la nouvelle entité ReDfarm (ex-Ferme Urbaine Lyonnaise) embarquent dans le virage des fermes verticales. Avec à la clé, un modèle qui compte offrir des rendements très élevés au regard de l'agriculture traditionnelle.

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Jusqu'à présent, l'usine de Vorey de Lumiliite fabriquait des Leds pour l'aéronautique et l'automobile. Elle souhaite désormais se spécialiser dans les Leds destinées à l'agriculture, à travers un premier démonstrateur grandeur nature.
Jusqu'à présent, l'usine de Vorey de Lumiliite fabriquait des Leds pour l'aéronautique et l'automobile. Elle souhaite désormais se spécialiser dans les Leds destinées à l'agriculture, à travers un premier démonstrateur grandeur nature. (Crédits : DR)

Avec sa ferme verticale de 1.000 m² en cours de construction à Vorey (43), et dans laquelle plusieurs millions d'euros ont été investis (montant confidentiel), Lumiliite n'a pas les mêmes ambitions que Nordic Harvest qui a inauguré récemment à Copenhague, la plus grande ferme verticale d'Europe (7.000m²)... mais les objectifs sont bien les mêmes : développer une nouvelle forme d'agriculture consommant moins de pesticides, beaucoup moins gourmande en eau et en terres agricoles, et générant peu d'émissions de CO2.

Le concept de ces installations : les végétaux poussent sur des étagères, en hors-sol, dans un environnement clos et ultra-contrôlé, éclairé par de la lumière artificielle. Selon une analyse publiée par pWc, les rendements pourraient même s'avérer 100 fois supérieurs à ceux de l'agriculture traditionnelle, avec une consommation d'eau dix fois moindre.

Alors que l'ONU annonce une augmentation nécessaire de 70% de la production alimentaire pour nourrir la planète en 2050, cette technique pourrait prendre toute sa place dans la réponse à cette problématique d'autonomie alimentaire. Autre avantage de ces fermes verticales : le faible espace nécessaire, et l'indépendance vis-à-vis de la lumière naturelle, permettant de les installer au cœur des villes, dans des espaces inutilisés comme des sous-sols ou des parkings, et donc une livraison locale rapide au consommateur final dans une logique de circuit court.

Le marché est encore en émergence en France, avec une poignée d'acteurs (Jungle et Agricool pour les leaders), mais est déjà mature dans d'autres régions du monde : en Asie, pionnière de la question (Japon, Singapour, Taïwan...) et aux Etats-Unis notamment.

Un démonstrateur pour prouver l'efficacité de ses systèmes

Dans un contexte français où les projets se multiplient depuis quelques mois, un premier acteur en Haute-Loire, Lumiliite, entend faire la différence grâce à sa technologie innovante de Leds.

Car si ces fermes verticales cochent beaucoup de cases, le bât blesse sur la question de la consommation énergétique, puisqu'elles fonctionnent uniquement avec des Leds, sans lumière naturelle. Celles-ci représentant d'ailleurs, en moyenne, la moitié de l'investissement initial nécessaire à la construction d'une ferme verticale, mais aussi 50% de son coût de fonctionnement. Une problématique qu'il faudra résoudre pour s'implémenter complètement dans une logique écologiquement, mais aussi économiquement, vertueuse.

Nicolas Chaume, Matthieu Guffet et Frédéric Jamet l'ont bien compris. Les trois entrepreneurs se sont associés pour créer, en début d'année, Lumiliite, un fabricant de Leds à vocation agricole.

Pour cela, ils ont repris en juin dernier l'activité Leds du groupe Linxens qui souhaitait se recentrer sur son cœur de métier. Activité implantée à Vorey, avec 22 salariés.

"Jusqu'à présent, l'usine de Vorey fabriquait des Leds pour l'aéronautique, l'automobile etc. Nous lui donnons désormais une nouvelle orientation en la spécialisant sur les leds destinées à l'agriculture", souligne un des cofondateurs, Frédéric Jamet.

"Notre pari est d'offrir des Leds plus performantes, déjà protégées par des brevets internationaux, qui consommeront moins et permettront de produire des plantes à des prix plus accessibles. Nous pouvons placer nos leds à 5 cm des plantes lorsque celles de nos concurrents doivent respecter un espace de 50 cm pour ne pas bruler les végétaux. Forcément, à 5 cm, nous sommes plus performants qu'à 50 !".

Un démonstrateur XXL

Si les fermes verticales ont largement fait leurs preuves dans d'autres pays, il n'en reste pas moins qu'elles se heurtent, en France notamment, à un certain nombre de freins culturels.

Freins que la future ferme de Vorey permettra de lever en produisant elle-même des plantes, avec un démonstrateur XXL. Le site produira des salades et des herbes aromatiques. Un travail sur les lentilles et les pois est également en cours, notamment avec l'entreprise altiligérienne Sabarot, championne de la lentille verte du Puy. Elle devrait être opérationnelle dès cet automne.

Objectif de chiffre d'affaires de Lumiliite d'ici un an : 10 millions d'euros. L'entreprise dispose par ailleurs d'une filiale implantée à Lyon, Vif Systems, spécialisée dans le développement d'équipements (ventilations, capteurs, modules de structures etc) pour les fermes verticales, les solutions containers pour la recherche ou la production, et les mini-fermes. Elle emploie une dizaine de salariés et vient de déposer un brevet sur la régulation du climat.

A Lyon, un projet à Bel Air Camp

Le concept de ferme verticale fait des émules ailleurs dans la région Auvergne-Rhône-Alpes :

A Lyon notamment où Didier Caudard-Breille (DCB) s'est associé à l'Auvergnat Prediv et à l'Alsacien Symilab pour reprendre en début d'année l'activité et les 10 salariés de la société FUL (Ferme Urbaine Lyonnaise), placée en liquidation alors qu'elle était considérée comme une des pionnières françaises de l'agriculture en hydroponie à étage.

Rebaptisée ReDfarm, elle développe des modules innovants destinés aux recherches d'industriels, notamment de la cosmétique et de la pharmacie. Elle produit actuellement, par exemple, les 12 modules destinés à la nouvelle plateforme R&D de Prediv (12 salariés, 2 millions d'euros d'investissement) sur le Naturopôle nutrition santé de Saint-Bonnet-de- Rochefort (63).

Trop à l'étroit dans ses locaux de Décines, ReDfarm souhaiterait déménager son activité sur Bel Air Camp, pépinière industrielle de DCB, dans un bâtiment déjà existant de 400m². "Nous souhaitons créer sur Bel Air Camp, une Bel Air Farm", explique Didier Caudard-Breille. "Elle accueillera l'activité de ReDfarm, mais aussi une ferme verticale et une pépinière d'entreprises orientées sur cette thématique". Un investissement estimé à 2 millions d'euros, aujourd'hui en stand-by en attente du permis de construire qui tarde à se débloquer.

"La demande a été déposée en juin mais nous sommes aujourd'hui dans l'incertitude. La proximité d'activités industrielles (Safran NDLR) pourrait nous empêcher d'obtenir le feu vert de la DREAL".

Un projet plus ambitieux avait été évoqué en début d'année, avec la reconversion d'une cage de Faraday de 27 mètres de haut. "Pour l'instant, nous ne touchons pas à cette tour, nous devons démarrer par un projet plus modeste, créer notre show-room et s'assurer de la pérennité du projet", conclut prudemment Didier Caudart-Breille.

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