Alimentation animale : Invers voit plus grand pour sa filière de protéines à base d'insectes

A Saint-Ignat (Puy-de-Dôme), Invers fait partie des lauréats de l’appel à projet « Résilience » du plan France Relance. Avec un projet de bâtiment de production qui vise non seulement à redévelopper une filière locale de production d’insectes, mais aussi à apporter une source plus "durable" de protéines, la jeune société auvergnate vise le marché en plein essor de l’alimentation animale.

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Selon Invers, remplacer les farines de protéines non durables (farines de poissons ou de soja) dans l'alimentation animale par des vers de farine, permettrait à la fois d'épargner les milieux naturels sensibles, d'ajouter de créer un revenu supplémentaire aux agriculteurs et d'inverser le dépérissement des campagnes.
Selon Invers, remplacer les farines de protéines non durables (farines de poissons ou de soja) dans l'alimentation animale par des vers de farine, permettrait à la fois d'épargner les milieux naturels sensibles, d'ajouter de créer un revenu supplémentaire aux agriculteurs et d'inverser le dépérissement des campagnes. (Crédits : DR)

Son ambition croise celle d'une alimentation plus durable, non pas directement pour les hommes, mais pour celles des élevages piscicoles et avicoles d'Auvergne-Rhône-Alpes. Car avec ses vers de farines, l'auvergnat Invers souhaite remplacer les protéines "non durables" comme les farines de soja OGM importées, ou encore les farines de poissons issues de la surpêche, par des protéines issues directement des insectes.

L'un de ses fondateurs recherchait, à l'époque, à redonner une seconde vie aux productions générées sur son exploitation agricole (son, légumes) lorsqu'il a songé à les transformer en une filière de production d'insectes, destinés à l'alimentation animale.

Depuis 2018, ses six cofondateurs travaillent en effet à élever des larves de ténébrions et des coléoptères de couleur noire au sein d'un ancien poulailler installé à Saint-Ignat, à l'Est de Riom (Puy-de-Dôme).

Et la jeune pousse se prépare désormais à passer à l'étape supérieure :

"Le soutien de France relance porte sur un projet à 1,8 millions, pour un nouveau bâtiment attenant à celui qui existait déjà. Il fera entre 3 et 5.000 mètres carrés", annonce Sébastien Crépieux, président et directeur scientifique et technique d'Invers.

Une usine pour faire monter la filière en volume

La construction du premier bâtiment pilote, spécialisé dans l'éclosion de la ponte et l'élevage de jeunes larves, se trouve désormais au cœur du projet soutenu par France Relance, à hauteur de 660.000 euros, avant un déploiement d'installations de production directement pensé au sein des fermes partenaires d'Invers. Ce premier bâtiment permettra ainsi d'alimenter la filière agricole et créera, à minima, 7 emplois.

Pour cela, le cycle de production est désormais bien rodé : Invers fait naître des larves de Tenebrio Molitor (vers de farine). L'entreprise les livre ensuite à des agriculteurs de la plaine de la Limagne, afin que les éleveurs fassent grossir les larves dans leurs ateliers durant 6 semaines. Invers leur rachète alors la production pour la valoriser.

Les larves sont ensuite transformées en croquettes pour chats et chiens, tandis qu'une autre partie de la production est commercialisée en aliment pour les volailles et la pisciculture, une petite partie est consacrée à la R&D.

"Ces insectes communément appelés vers de farine sont des sources de protéines d'excellentes qualités", constate Stéphanie Cailloux, directeur général et directeur des opérations.

Un modèle lié à l'économie circulaire

Le modèle de production développé par l'entreprise se veut également circulaire, car en installant les ateliers d'élevage directement dans les fermes, au sein d'un réseau interconnecté d'agriculteurs/éleveurs, les larves grandissent ainsi dans du son, un coproduit céréalier présent. Et surtout habituellement peu valorisé dans la région de la Limagne. Les déjections des insectes sont ensuite récupérées et valorisées en fertilisant naturel riche en matériaux organiques et minéraux, à haute valeur agronomique.

Les premiers bâtiments agricoles d'élevage sortent de terre. "Notre volonté n'est pas de tout faire car il existe déjà des structures en amont. Nous gérons la partie du couvoir et de la reproduction, tandis que l'on expédie les petites larves chez les agriculteurs pour qu'ils les fassent grossir. L'agriculteur investit lui-même dans son bâtiment, tandis que nous nous investissons dans le process et le fait que nous rachetions sa production lui permet ensuite de rémunérer son bâtiment et son temps de travail", détaille Sébastien Crepieux.

Avec une ambition :

"Plus nous tirerons de valeur des insectes que l'on commercialise, mieux nous serons capables de rémunérer l'agriculteur. Nous sommes partis sur l'idée d'un 40.000 euros de revenu brut par bâtiment agricole."

Les bâtiments sont ainsi calibrés pour sortir 8 tonnes de vers frais chaque mois et Invers transforme 8 tonnes de larves fraîches en 2,5 à 3 tonnes de vers déshydratés. "La transformation est effectuée chez nous et à terme, le modèle économique prévoit qu'on continue de transformer. L'idée, c'est que nous créons de la valeur et qu'on la conserve et la partage sur le territoire", ajoute-il.

Un marché à conquérir

Aujourd'hui, Invers porte toute son attention à cibler ses filières utilisatrices : "la volaille fermière d'Auvergne par exemple, ou bien la pisciculture régionale", détaille Sébastien Crepieux. "Il est également important pour nous de prouver l'intérêt zootechnique de l'insecte pour ces animaux d'élevage chez des agriculteurs."

Outre l'inclusion d'insectes au sein de la ration alimentaire des animaux, Invers et ses partenaires réfléchissent aussi à améliorer leur communication à destination cette fois des consommateurs finaux : "Il est très important, notamment avec la volaille fermière d'Auvergne, de montrer au consommateur final qu'il existe une vraie volonté du Syvofa (Syndicat des volailles fermières) de nourrir ses poulets avec à la fois de la céréale locale, mais aussi de se passer du soja d'Amérique du Sud en cherchant des alternatives protéiques qui vont renforcer le bien-être et la santé du poulet", affichent les responsables de l'entreprise.

"L'ensemble de notre démarche a fait sens avec le Covid", reconnaît Sébastien Crépieux. "L'idée de localiser la production et d'être mieux connecté au monde agricole est d'actualité. Ce sont des professions qui souffrent de la compétition mondiale et  du marché de commodité. Le prix de production n'est jamais intégré dans la valeur du produit."

Alors qu'Invers est présent actuellement au sein de 200 magasins avec ses produits à base de vers déshydratés, le potentiel du marché français serait même "20 fois plus important, rien qu'en visant 10 % du marché alimentation animale", note la société.

En petfood plus précisément, Invers vise en premier lieu le marché local.

"Nous avons souhaité en faire une marque forte, en affichant une origine Auvergne sur la croquette, notre best-seller. Nous sommes ainsi présents sur ces produits dans une dizaine de magasins et il existe encore un potentiel énorme sur la région AURA. Rien qu'en animalerie, le marché est conséquent -300 ou 400 magasins- et nous n'avons pas encore les volumes suffisants pour l'adresser", regrette Sébastien Crépieux. Mais l'investissement dans son nouveau bâtiment devrait l'y aider.

Jusqu'ici, les six fondateurs avaient démarré sur leurs fonds propres, soutenus par Bpifrance et par des prêts bancaires sur les phases amont. Une première levée de fonds en juin 2019 s'est adressée aux trois actionnaires de référence, que sont Limagrain, le Crédit Agricole Centre France et la Sofimac, pour un montant de 1,8 millions d'euros.

(avec ML)

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