France Relance (1/3) . L’œil de Lynred, un atout jusque dans le tri des plastiques recyclés ?

Après la fourniture de capteurs pour les caméras thermiques assurant la prise de température pour lutter contre le Covid-19, le n°2 de l'infrarouge Lynred se saisit du plan France Relance pour développer une nouvelle génération de capteurs. Héritière d'Ulis et Sofradir, cette ETI grenobloise veut en profiter pour renforcer la souveraineté de cette filière industrielle, et diversifier encore un peu plus ses marchés, marqués par l’aérospatial, la défense et l’automobile.

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L'idée du projet Silk développé par Lynred ? Equiper des lignes industrielles d'une technologie infrarouge, ouvrant la voie à un tri plus efficace des produits présentant des défauts, ou encore de certaines catégories de matériaux, comme les différents types de plastiques.
L'idée du projet Silk développé par Lynred ? Equiper des lignes industrielles d'une technologie infrarouge, ouvrant la voie à un tri plus efficace des produits présentant des défauts, ou encore de certaines catégories de matériaux, comme les différents types de plastiques. (Crédits : DR/Lynred)

Et si l'infrarouge se mettait demain au service du recyclage ? Car en plus de détecter différents paramètres pour le compte des industries automobiles, spatiales ou encore pour le milieu de la Défense, les caméras thermiques embarquant les capteurs de Lynred pourraient, demain, ajouter de nouvelles cordes à leur arc. Et plus précisément, répondre à de nouveaux champs applicatifs.

En début d'année, l'ETI grenobloise s'était déjà mise en ordre de marche pour fournir en volume des capteurs entrant dans la composition de caméras thermiques vendues ensuite par ses clients auprès des hôpitaux, entreprises et collectivités afin de lutter contre le Covid-19, en proposant un outil supplémentaire à l'arsenal des tests : la prise de température.

Si la solution n'a finalement pas été retenue par la France, elle a joué son rôle de moyen de détection additionnel dans plusieurs pays étrangers, à commencer par l'Asie et les Etats-Unis. De quoi booster les activités de la branche thermographie de Lynred de +30% en 2020, avec un chiffre d'affaires passé de 225 à 237 millions d'euros, en pleine crise sanitaire.

Et derrière le projet de Lynred qui vient d'être retenu par France Relance, sous le nom de code "Silk", se cache la volonté de bâtir un nouvel équipement, répondant aux besoins de nouveaux marchés pour l'ETI grenobloise, qui emploie 1.000 collaborateurs près de Grenoble, à Veurey-Voroize.

Cet investissement de 2,8 millions d'euros, qui vise à développer une nouvelle génération de détecteurs infrarouges, s'inscrit plus largement dans le cadre de l'appel à projets Plan de relance pour l'industrie, pour lequel l'Etat français vient de confirmer sa participation à hauteur de 900.000 euros au cours des 24 prochains mois.

L'objectif : concevoir des détecteurs proches infrarouge à « petits pas pixel », c'est-à-dire de plus petite taille et plus compacts, qui ouvriront la voie au franchissement d'un nouveau nœud technologique vers la miniaturisation.

« Nous avions déjà une première technologie permettant de voir dans le proche infrarouge, avec le produit Snake, qui nous permet d'adresser des applications de contrôle industriel, mais nous souhaitions développer un produit plus compact est plus performant dans la même gamme », confirme David Billon-Lanfrey, directeur stratégie, communication et technologies pour Lynred.

Détecter des défauts ou la composition des matériaux

Car si l'on connaît les propriétés de l'infrarouge dans la vision de nuit, il ne s'agirait que d'une portion de l'utilisation possible de cette technologie, qui vise à matérialiser en quelque sorte l'invisible.

« Il existe aujourd'hui une plus large diffusion de l'infrarouge, dont on découvre de nouveaux usages chaque année, comme dans le domaine des bâtiments connectés, mais aussi de l'espace, où l'on réalise désormais un monitoring du climat grâce à différentes bandes spectrales. Cela peut permettre de mesurer les conditions du sol, d'observer certaines émanations ou mesures plus précisément ».

Et ce pourrait être bien le cas aussi dans le champ industriel où, après avoir déployé ses capteurs dans le domaine de l'automobile (dispositifs de freinage d'urgence, vision de nuit, etc), d'autres applications émergent, à commencer par le contrôle qualité au sein des lignes de production.

Avec, dans le cas du projet Silk, l'idée d'équiper ces lignes de production d'une technologie infrarouge, ouvrant la voie à un tri plus efficace des produits présentant des défauts, ou encore de certaines catégories de matériaux, comme les différents types de plastiques.

Une utilisation qui se révélerait particulièrement utile lorsqu'il s'agit de trier différentes natures de plastiques par exemple, dont la composition peut varier, mais qui demeure invisible à l'œil nu. Et qui pourrait du même temps aboutir à une amélioration de la chaine du recyclage.

« Plus généralement, l'infrarouge s'inscrit comme une voie complémentaire à d'autres technologies comme le radar, etc, en apportant des informations supplémentaires », ajoute David Billon-Lanfrey.

Bien que la composition précise de ce nouveau capteur, qu'elle ambitionne différenciant, demeure en partie confidentielle, « l'objectif sera de contribuer à résoudre au mieux les problématiques rencontrées par nos clients industriels, qui doivent également composer avec des produits qui défilent à la chaîne et le respect de certaines cadences de défilement » , confirme le directeur de la stratégie.

Avec, comme autre ambition, celle de rapatrier aussi le plus de valeur possible en Europe et notamment en France, à travers une activité qui était jusqu'ici sous-traitée à l'étranger.

Gagner un pas pixel et faire baisser les coûts

Si l'infrarouge était traditionnellement associé à une technologie plutôt coûteuse, voire haut-de-gamme, l'un des objectifs de Lynred à travers ce projet Silk sera aussi de l'amener à un niveau de prix plus compétitif, lui ouvrant la voie à une plus large utilisation dans le milieu du contrôle industriel.

« L'un des critères pour pouvoir adresser ce marché sera justement de pouvoir réduire les coûts, et de travailler à la compacité du produit grâce à ce projet », confirme David Billon-Lanfrey.

Avec, du côté des volumes de production envisagés, une cible qui pourrait atteindre à terme les 1.000 unités produites par année, là où d'autres filières de Lynred, comme celle des bolomètres, atteignent jusqu'à 300.000 unités par année.

Etant donné son positionnement dans le secteur BtoB, les principaux clients de l'ETI grenobloise sur cette nouvelle technologie seront avant tout des fournisseurs de caméras à l'échelle mondiale, qui se chargeront ensuite d'approvisionner différents secteurs industriels.

À ce titre, la pénurie de composants électroniques qui touche actuellement le marché mondial n'handicape pas directement Lynred :

« Nous travaillons avec nos fournisseurs et l'on sent que les approvisionnements ont tendance à se durcir, dans un contexte où la demande du secteur automobile, avec des équipements sont de plus en plus connectés, est très forte. Mais pour nous, il n'existe pas de pénurie avérée à ce stade, même si cela demeure un point de vigilance », concède-t-il.

L'export, toujours dans le viseur

Déjà, Lynred imagine une commercialisation de sa nouvelle gamme de détecteurs Silk, estampillée France Relance, d'ici deux à trois années sur le marché français, mais également à l'international.

Car l'ETI grenobloise exporte jusqu'à 85 % de sa production actuelle à travers le monde, et dispose notamment de deux filiales aux Etats-Unis et en Asie.

De quoi lui assurer un nouveau relai de croissance, ainsi que la création d'une vingtaine de nouveaux emplois imaginés d'ici les trois années à venir. Car si l'industrie de la Défense, qui demeure l'un de ses segments historiques, représente encore près de 40% de ses marchés finaux, ce secteur n'affiche qu'une croissance de 3 à 4% par année, alors que d'autres croissent beaucoup plus rapidement.

« Mécaniquement, la part de la Défense pourrait donc légèrement réduire au sein du notre chiffre d'affaires », atteste David-Billon Lanfrey.

Selon lui, cette enveloppe France relance constituera en premier lieu un accélérateur lui permettant de déployer plus rapidement ses ambitions. « Sans elle, nous n'aurions sans doute pas pu sortir ce nouveau produit aussi rapidement ».

Même si sur place, l'ETI investit déjà près de 15% de son chiffre d'affaires en R&D. D'ailleurs, Lynred a déjà confirmé par ailleurs son engagement dans le cadre du plan Nano 2022, avec à la clé, un investissement de 150 millions d'euros sur cinq ans, visant à développer des détecteurs nouvelle génération pour différents marchés (bâtiments intelligents, sécurité automobile, contrôle de l'environnement intérieur, etc).

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