En Auvergne, des agriculteurs collaborent avec Météo France pour s'adapter aux risques climatiques

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En France, ce projet est le seul à proposer des projections à une échelle aussi fine, rappelle Olivier Tourand, agriculteur de la Creuse et référent du projet AP3C. Il estime lui aussi que d'autres secteurs pourraient s'emparer de cette modélisation pour éclairer leur choix.
"En France, ce projet est le seul à proposer des projections à une échelle aussi fine", rappelle Olivier Tourand, agriculteur de la Creuse et référent du projet AP3C. Il estime lui aussi que d'autres secteurs pourraient s'emparer de cette modélisation pour éclairer leur choix. (Crédits : DR)
SCIENCE. Ces agriculteurs du Massif central ne souhaitaient plus subir les évolutions climatiques, mais pouvoir au contraire les anticiper. Pour cela, ils ont codéveloppé leur propre modèle de projections climatiques à horizon 2050, grâce à un partenariat avec, entre autres, Météo France. Objectif : adapter leurs fermes aux changements climatiques. Si l'outil a été dessiné pour les agriculteurs, il pourrait à terme, intéresser d'autres champs d'applications.

"Les aléas climatiques que subissent nos fermes sont de plus en plus fréquents : sécheresse, gel précoce.... et sont aussi extrêmement pénalisant financièrement. Or, nos parents et nos grands-parents étaient confrontés à ce type d'événement météorologique seulement une fois dans leur vie", témoigne Olivier Tourand, installé en polyculture élevage à Chambonchard, dans la Creuse.

Cet agriculteur, devenu élu référent du programme au Service interdépartemental pour l'animation du Massif central (SIDAM), observe : "Bien que confrontés beaucoup plus souvent à ce type d'accidents climatiques que les générations précédentes, nous n'avons pas les moyens d'encaisser les conséquences financières désastreuses tous les deux ou trois ans !"

A partir de ce constat, un groupe d'agriculteurs, conscients qu'ils pouvaient améliorer l'adaptation de leurs fermes au climat, ont en effet mis en route le projet de recherche en septembre 2015. Son nom : AP3C pour Adaptation des Pratiques Culturales au Changement Climatique. Après avoir fait ses preuves et livré ses premiers résultats, son financement a même été renouvelé à hauteur de 600.000 euros pour la saison 2020-2021.

A cheval sur trois régions, ce programme est financé à la fois par les conseils régionaux d'Auvergne Rhône Alpes, du Limousin et de Nouvelle Aquitaine, ainsi que par le Commissariat Général à l'Egalité des Territoires notamment.

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Animé par le SIDAM, un organisme du réseau des Chambres d'Agriculture du Massif central, associé aux compétences des ingénieurs de onze Chambres d'Agriculture (Allier, Aveyron, Cantal, Corrèze, Creuse, Haute-Loire, Haute-Vienne, Loire, Lot, Lozère et Puy-de-Dôme) et de l'Institut de l'élevage, ce projet nourrit plusieurs ambitions concrètes. Avec tout d'abord, celle d'obtenir des informations localisées permettant une analyse fine des impacts du changement climatique à l'échelle de leur territoire.

A leur demande, Météo France a détaché un climatologue Vincent Cailliez, qui avait déjà présenté ses travaux sur une nouvelle définition du climat devant une parterre de scientifiques venus d'une centaine de pays au siège de l'Unesco à Paris en 2015.

Combiner les expertises pour créer un nouveau modèle de prédiction

"Les données climatiques dont nous disposions jusqu'ici n'étaient pas satisfaisantes car elles n'étaient en premier lieu pas suffisamment localisées à l'échelle de nos exploitations", se souvient Olivier Tourand.

Sur la base d'indicateurs observés entre 1980 et 2015, Vincent Caillez a donc utilisé son expertise de climatologue pour produire des projections climatiques à horizon 2050, compatibles avec les évolutions climatiques déjà enclenchées sur les différentes zones du territoire.

"Il a réalisé pour nous des projections stations par stations, à l'échelle de nos fermes. Ce sont des dizaines de données, d'indicateurs très importants pour nos cultures, la mise à l'herbe de nos animaux... Nous pouvons désormais raisonner en probabilité par rapport aux accidents climatiques potentiels, nous faisons des choix plus éclairés", explique Olivier Tourand.

Résultat ? Une base de données, compilant près de de 150 cartes, a spatialisé, à une échelle de 500 mètres, les indicateurs climatiques et agroclimatiques. Techniciens, conseillers, ingénieurs, comptables, mais aussi chargés de mission et coordinateurs ont exploité les données produites par le climatologue et échangé avec les éleveurs pendant plusieurs mois à ce sujet.

Différents scénarios à la clé, et des tendances

Ces rencontres ont ainsi permis d'identifier les leviers mobilisables par les agriculteurs, en vue de les aider à maintenir l'autonomie de leur exploitation face aux changements climatiques. Avec à la clé, différents scénarios pour mettre en évidence des points d'équilibre économique à trouver pour les exploitations concernées.

"Désormais, nous savons à quels accidents climatiques nous sommes exposés, à quelle fréquence et de cette façon nous pouvons adapter nos pratiques", précise Olivier Tourand. "Je peux par exemple décaler la date des travaux, décider de planter telle culture plutôt qu'une autre, en connaissance de cause", énumère-t-il.

Lire aussi : Ce que veulent les agriculteurs de montagne pour la prochaine PAC

D'autant que le climat évolue à une vitesse que personne n'avait jusqu'ici réellement anticipé : "la divergence est considérable. Au printemps, les modifications sont par exemple trois à quatre fois plus rapides que prévu dans certains endroits", reconnaît Vincent Caillez.

De nouveaux horizons

Si l'essence même d'AP3C est de s'intéresser aux impacts du changement climatique sur l'agriculture du Massif central, ce projet pourrait également s'ouvrir bientôt à de nouveaux horizons. En effet, d'autres secteurs sont amenés à entreprendre des modifications profondes, en réponse au réchauffement climatique.

"C'est pourquoi nous organisons des rencontres avec d'autres acteurs sur des thématiques comme le bois, les forêts, l'urbanisme, l'architecture et transports, ou encore le tourisme, pour faire découvrir aux professionnels concernés ce projet et le partager", détaille Marine Leschiutta.

Olivier Tourand pense que les résultats peuvent en effet intéresser plus largement de nombreux domaines économiques. "En France, nous sommes les seuls à proposer des projections à une échelle aussi fine. Les décideurs locaux peuvent aussi s'en emparer, et éclairer leur choix grâce à ces projections d'évolution du climat."

En janvier 2021, Météo-France a repris elle-même les réflexions de l'équipe AP3C dans des termes très proches, reconnaissant entre autres que "les normales 1981-2010 sont représentatives du climat moyen sur une période autour des années 1990, mais ne représentent plus le climat actuel dans le contexte du changement climatique, notamment en matière de températures."

Avec 85 % de surface en herbe, il faut dire que les prairies du Massif central stockent plus de 2 millions de tonnes de carbone par an ! En tant que l'un des principaux "puits de carbone" au même titre que les forêts, ses systèmes agricoles jouent un rôle bénéfique dans la lutte contre le changement climatique, tout en préservant les milieux ouverts herbacés. Mais pour maintenir les systèmes d'élevage et de polyculture élevage dans ses massifs, des travaux sur l'adaptation au changement climatique seront nécessaires.

 (avec ML)

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Commentaires
a écrit le 03/04/2021 à 11:31 :
C'est une bonne idée mais le changement climatique ne se traduit pas de façon linéaire, c'est donc un exercice compliqué mais toujours bien mieux que d'envoyer des produits chimiques dans le ciel pour faire pleuvoir ou protéger de la grêle, avec peu de succès, comme le font les chinois.

Quelles conséquences du coup pour les pays d'à côté ?

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