Purificateurs d'air : les enseignements de l'étude en milieu clos menée en AuRA

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Dans les conditions de l'étude, réalisée au sein du laboratoire BSL3 du centre d'infectiologie de Lyonbiopôle, les filtres HEPA ont démontré une efficacité supérieure à 99% pour le piégeage du SARS-CoV-2.
Dans les conditions de l'étude, réalisée au sein du laboratoire BSL3 du centre d'infectiologie de Lyonbiopôle, les filtres HEPA ont démontré une efficacité supérieure à 99% pour le "piégeage" du SARS-CoV-2. (Crédits : Charles Pietri, Région Auvergne Rhône-Alpes)
SCIENCE. Alors que le premier ministre Jean Castex a annoncé ce jeudi soir de nouvelles mesures de confinement dans 16 départements, le laboratoire de recherche VirPath et la société VirHealth ont testé l'efficacité de deux purificateurs d'air contre le SARS-CoV-2. Retour sur les conclusions de cette étude, commandée par la Région, qui visait à étudier l'efficacité de ces dispositifs installés dans les lycées et écoles auralpines.

A l'automne dernier, la Région Auvergne-Rhône-Alpes avait annoncé le déblocage d'une enveloppe de 10 millions d'euros pour installer des purificateurs d'air au sein des lycées et les écoles. Prenant exemple sur l'Allemagne, qui avait elle aussi mis en place un plan de 500 millions d'euros visant à améliorer ses systèmes de ventilation des bâtiments publics, en dotant ses écoles de purificateurs d'air.

Quelques mois et quelques polémiques plus tard -le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, ayant écarté l'idée de les déployer en raison d'une possible inefficacité-, le président LR Laurent Wauquiez voulait mesurer l'efficacité des dispositifs choisis par la Région.

Pour cela, il aura donc fait appel au laboratoire lyonnais VirPath, référence internationale sur les infections virales respiratoires (une unité mixte de l'Université Claude Bernard, Inserm CNRS, ENS de Lyon) et à la société VirHealth, spécialisée quant à elle dans l'évaluation des activités virucides et antivirales des produits, équipements et technologies de désinfection de surface.

Ces deux laboratoires ont ainsi mis leurs compétences en commun pour tester l'efficacité de deux purificateurs d'air contre le SARS-CoV-2, en participant à une étude financée par la Région, à hauteur de 184.000 euros.

Avec un double objectif : mesurer l'efficacité des filtres HEPA sur le piégeage des particules infectieuses du Covid-19 dans l'air, mais aussi mesurer la durée de survie des virus SARS-CoV-2 infectieux une fois piégés par les filtres HEPA.

Deux mois d'études sous haute sécurité

Selon la Région AuRA, il s'agirait de la "première étude européenne sur les purificateurs d'air" de ce type, réalisée notamment en laboratoire visant à reproduire les conditions rencontrées en milieu clos.

Pour mener cette étude qui a duré deux mois et dont les conclusions ont été restituées le 15 mars dernier, le pôle de compétivité Lyonbiopôle a mis à disposition son propre laboratoire BSL3 (biosafety level 3), un équipement de haute sécurité.

"Nous avons mis en place un protocole expérimental avec une chambre de nébulisation de 2,5 m³", explique le Dr Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche à l'Inserm et co-directeur du laboratoire de recherche VirPath avec le Pr Bruno Lina.

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L'idée ? Générer une atmosphère contaminée, dans laquelle les chercheurs ont ensuite mis en fonctionnement les équipements à tester. "Nous y avons fait passer plusieurs volumes d'air, pendant différents temps et nous avons collecté les virus respiratoires infectieux résiduels que nous avons remis en culture cellulaire, pour les quantifier par titrage infectieux", détaille le Dr Manuel Rosa-Calatrava.

Deux types de filtres testés

Dans le cadre de cette étude, deux types de filtres HEPA ont plus précisément été passés au crible : un filtre H13, qui laisse passer 50 particules de 0,1 micron par litre d'air et un filtre H14, qui ne laisse passer que 5 particules de 0,1 micron par litre d'air.

Les données générées ont permis de conclure à une efficacité des filtres HEPA H14 et H13, dans les conditions expérimentales de l'étude.

"Concernant la filtration, nous avons pu constater jusqu'à 99,90 % d'élimination des virus infectieux avec les filtres HEPA H13 après avoir passé 10 volumes d'air de la chambre. Et avec les filtres H14, nous avons mesuré jusqu'à 99,96 % d'élimination des particules virales infectieuses", détaille le Dr Manuel Rosa-Calatrava.

Absence de détection du virus au bout de 48h

Concernant ensuite la persistance du virus sur les surfaces, c'est la société VirHealth qui a mené les expérimentations, en procédant à une contamination artificielle sur les filtres, afin d'évaluer ensuite la manière dont la présence du virus évoluait sur la durée.

Résultat ? "Nous avons observé une décroissance assez forte, allant même jusqu'à une absence de détection de virus au bout de 48 heures après inoculation, à une température de 20 degrés et une humidité relative de 50 %", complète le Dr Vincent Moulès, président Directeur Général de la société VirHealth.

Celui-ci ne se dit cependant pas surpris par les résultats obtenus : "Les virus enveloppés comme le SARS-CoV-2 peuvent être retrouvés sur différents types de surfaces, par exemple jusqu'à 96 heures sur l'inox. Mais sur des surfaces comme des filtres, qui sont des supports complexes avec une légère porosité, ils disparaissent assez rapidement".

Complément des mesures barrière

Ces résultats scientifiques permettent de mieux connaître l'efficacité des filtres, mais doivent désormais être transposés dans les conditions de leur utilisation réelle, c'est-à-dire en salles de classes. "Nous étions dans des conditions expérimentales, avec l'utilisation d'un banc d'essai en laboratoire", souligne le Dr Manuel Rosa-Calatrava.

Car sur la base de ces résultats, qui s'avèrent par exemple très précis "en termes de charge virale infectieuse résiduelle, du nombre de passages de volumes d'air dans ces équipements et de la stabilité de ces virus infectieux", "il faut désormais dimensionner le nombre d'épurateurs d'air et leur mode d'utilisation dans les espaces qui sont visés", recommande-t-il.

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Si ces premiers travaux penchent en faveur d'une efficacité désormais éprouvée en laboratoire, Manuel Rosa-Calatrava tient à rappeler que ces épurateurs d'air ne doivent pas faire oublier les mesures barrières, et notamment le port du masque, le nettoyage des mains régulier et le nettoyage des surfaces.

"Il s'agit d'une arme supplémentaire qui doit être déployée en complément des autres mesures, dans la lutte contre le SARS-CoV-2"

Cette étude s'avère néanmoins encourageante pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui avait choisi de déployer des purificateurs d'air dans les lycées et les écoles en octobre dernier. A ce stade, 2.500 purificateurs sont ainsi installés dans 285 lycées et 189 communes pour leurs écoles dans la région.

"Lorsque nous avions débuté notre déploiement de purificateur d'air dans les lycées et les écoles, il nous avait été reproché qu'il n'y avait pas assez de preuves scientifiques sur l'efficacité de ce dispositif. (...) Cela nous conforte pour intensifier nos investissements", a affirmé le président LR Laurent Wauquiez.

Celui qui n'a toujours pas confirmé officiellement sa candidature à sa réélection en vue des prochaines élections régionales en a profité pour demander "d'urgence" au ministre de l'Education nationale un plan de déploiement à plus large échelle. Une doléance restée à ce jour lettre morte.

(avec ML)

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Commentaires
a écrit le 24/03/2021 à 8:38 :
ou est cette étude?

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