Osivax, futur "Moderna lyonnais" avec son candidat-vaccin universel ?

 |  | 916 mots
Lecture 5 min.
Et si le prochain Moderna était lyonnais ? Le projet de candidat vaccin universel sur lequel travaille la biotech lyonnaise Osivax a en tous les cas de quoi apporter une innovation disruptive sur le marché des vaccins.
Et si le prochain Moderna était lyonnais ? Le projet de candidat vaccin universel sur lequel travaille la biotech lyonnaise Osivax a en tous les cas de quoi apporter une innovation disruptive sur le marché des vaccins. (Crédits : DR/Osivax)
Et si la prochaine étape était de développer des vaccins universels, contre la grippe et le Covid-19 ? Ce pourrait être le pari de l'hiver prochain, pour la startup lyonnaise Osivax, qui a reçu pour cela une bourse du Conseil européen de l'innovation (CEI) de 2,5 millions d'euros. En ciblant une partie intérieure des virus, qui mute peu et se conserve très bien d'une souche à l'autre, elle espère lancer son premier essai clinique début 2022. Explications.

Son équipe avait commencé par travailler sur un projet de vaccin universel contre la grippe, qui a donné la création de la société Osivax en 2017. Soit dans un monde qui ne connaissait pas encore le Covid-19. Spin-off d'une d'une autre société lyonnaise (Imaxio), Osivax a tout d'une biotech innovante qui pourrait à nouveau apporter une disruption majeure sur le terrain de la vaccination, un an après l'apparition de la pandémie.

Car alors qu'elle travaillait l'an dernier sur un projet de vaccin universel contre la grippe, pour lequel elle avait réalisé des études chez l'animal, puis une étude de phase I sur 72 personnes et de phase IIa sur 300 patients, ses cartes ont été rebattues au printemps dernier. Osivax a choisi de mettre sa plateforme OligoDOM au service d'un nouveau projet : celle d'un vaccin contre le Covid-19 et ses variants.

"Nos approches de vaccin universel ont le même mécanisme d'action dans le cas de la grippe et du Covid, explique Alexandre Le Vert, président et co-fondateur d'Osivax.

Son idée ? Capitaliser sur des vaccins à base de protéine recombinante, qui cible une partie intérieure du virus, plus précisément la nucléoprotéine, dans le cadre de la grippe et la nucléocapside dans le cadre du Covid-19. Une protéine virale qui mute peu et qui ouvrirait ainsi la voie à un vaccin capable d'identifier, de manière inchangée, les différentes mutations du virus. "Ce sont des parties qui se conservent très bien d'une souche de virus à l'autre et qui deviennent ainsi prévisibles par le système immunitaire, qui déclenchent ainsi une réponse immunitaire puissante", détaille-t-il.

Lire aussi : Fab'entech, la biotech qui développe un traitement (et non pas un vaccin) contre le Covid-19

A l'inverse, les parties externes du virus sont celles qui sont les plus soumises à de possibles mutations. Or actuellement, plus de 95% des vaccins développés contre le Covid-19 ciblent pour l'heure la protéine Spike du coronavirus, ajoute la société. L'inconvénient de cette approche est qu'il est habituellement difficile de déclencher une réponse immunitaire particulière contre ces parties des virus, là où les anticorps ne peuvent pas aller.

"C'est pour cela que nous avons besoin d'une plateforme technologique comme OligoDOM, qui nous permet d'apporter des réponses immunitaires cellulaires, ciblant la partie intérieure du virus. C'est le point différenciant d'Osivax", estime-t-il.

Essais cliniques en 2022

Concernant le vaccin contre la grippe, Osivax souhaite poursuivre son développement clinique afin d'évaluer la protection contre la grippe "dès que celle-ci se remettra à circuler". La grippe a en effet été éclipsée par l'épidémie de Covid sur la saison 2020-2021. Résultat : actuellement, le virus ne circule tout bonnement pas.

"Nous anticipons que que le virus de la grippe va néanmoins revenir à l'automne 2022, prévoit Alexandre Le Vert. En attendant, nous améliorons le produit, nous continuons à investir dessus".

Concernant le projet Covid-19, basé sur le même mécanisme d'action, Osivax en est actuellement en phase de développement pré-clinique chez l'animal. "Nous espérons pouvoir commencer un essai clinique en première partie de l'année 2022".

Du côté des financements, Osivax a obtenu une bourse de l'ANR sur le projet grippe à ses débuts, puis une bourse du Conseil européen de l'innovation (CEI) de 2,5 millions d'euros. Osivax s'est aussi financée grâce à des actionnaires privés.

Et pour le projet Covid, la jeune pousse a monté un partenariat avec l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et l'Inserm, soutenu par BPI France avec un abondement de 15 millions d'euros sur deux ans et demi.

"Pour le projet grippe, nous avons des partenariats avec des centres d'investigation clinique à Gand en Belgique et à Anvers, souligne Alexandre Le Vert. Et avec notre plateforme OligoDOM, nous avons un partenariat avec l'université d'Oxford pour un candidat-vaccin pour le paludisme soutenu par la commission européenne", ajoute-t-il.

Écosystème européen et marché mondial

La société, dont le siège est basé à Lyon, dispose également d'une petite équipe à Liège, en Belgique et emploie au total 25 collaborateurs, consultants compris.

"Nous avons fait les essais cliniques en Belgique et les prochains seront probablement réalisés en région parisienne", développe Alexandre Le Vert.

Car si l'entreprise a noué des liens avec l'écosystème lyonnais, que ce soit avec des chercheurs locaux, des plateformes d'imagerie en immunologie, une animalerie partagée ou avec Lyonbiopôle, elle se déploie aussi à l'échelle européenne : "Nous allons chercher des partenariats et des compétences là où nous les trouvons", estime Alexandre Le Vert.

Lire aussi : Sanofi annonce le lancement des premiers essais de son second vaccin contre le Covid

Le marché potentiel pour le produit d'Osivax est mondial, même s'il est "encore trop tôt pour évoquer des chiffres", selon la jeune pousse, qui souhaite à ce stade demeurer discrète. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à travailler, au niveau mondial, sur une voie de ce type : la biotech américaine Phylex Biosciences travaille notamment sur un autre candidat vaccin qui cible cette fois des régions hautement conservées de la protéine Spike du coronavirus. Une autre pépite belge, myNEO, annonçait en juillet dernier le lancement d'un programme préclinique pour développer un candidat-vaccin  à partir d'un « cocktail de peptides » essentiel au virus, dérivé de sa propre technologie de traitement du cancer.

(avec ML)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/03/2021 à 18:39 :
Mais oui !! L'innovation ça se trouve en France... même ds le secteur de la santé. Il suffit pour nos bureaucrates émérites de chercher un peu en sortant des sentiers battus du territoire parisien du genre : HAS, Institut Pasteur (ou Sanofi) , Ministère ...
a écrit le 15/03/2021 à 15:32 :
Et sanofi ça sert à quoi à part engraisser des déjà bien trop gras ? En tout cas bon vent à cette entreprise ambitieuse elle au moins.

"Partout où quelque chose ne va pas quelque chose est trop gros" Leopold Kohr
Réponse de le 15/03/2021 à 16:41 :
@ Citoyen blasé
C'est valable pour l'administration française ? Les obèses du Covid?
Le Mammouth de l'Education Nationale ? Le nombre de Sénateurs ?
Est ce que c'est valable pour tout ?
Réponse de le 16/03/2021 à 9:27 :
"Partout où quelque chose ne va pas quelque chose est trop gros" Leopold Kohr

Tu peux y arriver, allez insiste... :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :