Colivreur, ce lyonnais qui veut devenir le Blablacar de la livraison de colis

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Déjà implantée à Lyon, Paris, Grenoble et Toulon, l'application Colivreur part en ce début d'année à la conquête de Bordeaux, Brest et Quimper. Avec un objectif : atteindre les 7.000 colivreurs d'ici l'été.
Déjà implantée à Lyon, Paris, Grenoble et Toulon, l'application Colivreur part en ce début d'année à la conquête de Bordeaux, Brest et Quimper. Avec un objectif : atteindre les 7.000 "colivreurs" d'ici l'été. (Crédits : DR)
Après la vague de l’économie collaborative, qui a pris d’assaut des secteurs comme l’autopartage (Blablacar), l’hébergement (Airbnb) ou encore le prêt-à-porter (Vinted), place à la livraison de colis en mode participatif. La jeune pousse Colivreur, fondée à Lyon, part désormais à la conquête de Bordeaux, Brest et Quimper en ce début d’année. Avec, dans le viseur, un modèle qui souhaite se différencier à plusieurs égards des services de livraison traditionnelle.

Ils se disent mordus d'Internet et des réseaux sociaux, mais n'étaient pas satisfaits des services de livraison proposés en ligne. En réfléchissant un nouveau modèle à proposer, ils ont imaginé le nouveau BlaBlaCar de la livraison de colis. Kayana et son frère Nicolas Manivong, ont ainsi eu l'idée de s'associer à leur ami d'enfance Sayavong Bottaphanith, pour monter leur propre service de livraison, Colivreur. Avec, à la clé, près d'un millier de livraisons déjà effectuées sur un mode d'organisation innovant.

« En commandant en ligne, on s'est rendu compte que l'expérience de livraison n'était pas à la hauteur. Souvent, on nous proposait des créneaux de 4 ou 5h, voire sur une journée, ce qui est impossible. Le suivi de la livraison était lui aussi très approximatif, et offrait un manque d'interaction avec le livreur », se souvient Kayana Manivong.

Face à eux, le marché de la livraison de colis, qui a représenté, en 2019, près de 1,3 milliard de colis distribués en France, soit environ 3,5 millions par jour, selon les chiffres de l'Arcep. En 2020, la croissance de ce marché aurait même enregistré un boom de l'ordre de 10 à 20% supplémentaire en raison de la crise sanitaire.

Depuis quelques mois, les trois fondateurs ont lancé dans les rues de Lyon leur propre plateforme de livraison de colis qui se veut participative et plus « responsable ». Le principe ?

S'inscrire dans une économie devenue plus collaborative, en capitalisant sur les trajets domicile travail d'un grand nombre de français, résidant en zone urbaine principalement. « On a rencontré des petits commerçants qui nous ont indiqué que parfois, des clients qui rentrent chez eux auraient pu déposer des colis sur leur chemin ». Et d'ajouter :

«  On sait également qu'aujourd'hui, on a 32 millions de véhicules qui circulent en France avec, tous les jours, 70% d'entre eux qui n'ont qu'un seul occupant à l'intérieur. Si l'on ne les remplit pas ces voitures de passagers, on pourrait peut-être les remplir de colis ? », exprime le co-fondateur.

Trois nouvelles villes desservies début 2021

Après l'arrivée de nouvelles plateformes dans le domaine des transports, du partage d'appartement, les trois associés ont donc voulu proposer le nouveau Blablacar de la livraison de colis en milieu urbain ? « Certaines personnes passaient déjà par ce portail de covoiturage pour réserver en réalité une place pour leur synthétiseur », s'amuse Kayana Manivong.

Présente à Lyon (siège social), Paris et depuis peu Grenoble et Toulon, leur application Colivreur part désormais à la conquête de nouveaux terrains de jeu à Bordeaux, Brest et Quimper en ce début d'année.

Pour cela, colivreur se structure : elle a repris les codes des plateformes participatives pour proposer une livraison qui se veut « collaborative », c'est-à-dire assurée par des particuliers qui profitent de leurs trajets quotidiens pour remettre une livraison sur rendez-vous. Une initiative qui veut tout d'abord concilier écologie et économie :

« Nous privilégions les colis inférieurs à 15 kg peuvent être livrés facilement à pied, en transport en commun, ou en vélo, et nous sommes en discussions avec une entreprise qui aimerait aller jusqu'à 30 kg », indique-t-il.

Avec, au menu, des délais moyens de livraisons fixés à 24 heures, et l'objectif de proposer des groupages en vue d'améliorer l'impact des livraisons sur l'environnement. « Les colis sont regroupés dans un hub logistique où les colivreurs peuvent s'arrêter et les emporter jusqu'à leur point de livraison. Parfois, ils peuvent même récupérer le colis directement chez le commerçant sur leur passage ».

Actuellement, ce hub est par exemple situé en centre-ville de Lyon, afin de répondre aux besoins des métropolitains. « Ce modèle peut être réalisé sur des petits espaces de stockage, de l'ordre de 50 m² », souligne le cofondateur.

Pour l'heure, l'application se concentre sur des trajets de 20 km maximum avec l'objectif de mailler le centre-ville et sa couronne à travers différents modes de transport : voiture, vélo, marche, métro, etc.

« Nous travaillons déjà avec une quinzaine d'entreprises, et notament des startups, des grands groupes, ainsi que des petits commerçants dont une cave à vin, un pressing, etc », détaille-t-il.

Une quinzaine d'entreprises déjà séduites

Parmi ses premiers clients, on retrouve notamment des grands comptes du secteur de l'alimentaire, mais aussi des enseignes de l'électroménager, actuellement en discussions avec la plateforme, tandis que figurent aussi, parmi ses prospects, des enseignes de bricolage, jardinage et du sport. « L'idée est de partir sur des expérimentations de deux à trois mois avec chaque partenaire avant d'engager un déploiement national », souligne Kayana Manivong.

Son modèle économique, proche des plateformes collaboratives, est basé sur le règlement d'un abonnement et d'une commission, permettant de rétribuer la plateforme ainsi que le déplacement du colivreur.

Avec la volonté de proposer des prix « inférieurs en moyenne à 20 % des tarifs proposés actuellement sur le marché de la livraison », un tarif qui se justifie, selon son cofondateur, par le partage des frais du trajet.

Comme d'autres modèle de ce type, la plateforme prévoit également une assurance ainsi qu'un transfert des responsabilités au moment de la remise d'un objet, à travers la génération d'un code de validation, chargé de sécuriser les échanges. « Contrairement à d'autres services de livraison, il ne nous est pas possible de laisser le colis dans l'entrée en cas d'absence du destinataire », indique-t-il.

Après avoir démarré à Lyon et Grenoble dans une stratégie de proposer d'abord des livraisons au plus près de chez eux, les trois fondateurs commencent donc progressivement à s'étendre à d'autres métropoles : comme, en ce début d'année, avec les villes de Bordeaux, Brest et Quimper. Avec un objectif : atteindre les 7.000 « colivreurs » actifs d'ici l'été 2021, contre 1.570 jusqu'ici.

« Pour s'inscrire sur notre plateforme, il est seulement nécessaire d'avoir une pièce d'identité valable et un permis ». Pour consolider son développement, la jeune pousse souhaite miser sur le développement d'une offre dédiée aux collaborateurs des grandes groupes, afin de s'inscrire dans leur politique de RSE.

« L'un de nos gros chantiers à venir sera également d'en faire un modèle social innovant, en conciliant le collaboratif, le volet économie et la protection sociale », anticipe Kayana Manivong, sans livrer plus de pistes à ce stade pour l'instant.

Reste que selon lui, l'émergence d'un nouveau modèle « plus participatif et plus durable» pourrait à terme emporter des parts de marché qu'il estime significatives. « Face à la multiplication des colis, va se poser de plus en plus souvent la question d'avoir un mode de vie qui concilie les modes de vie avec une livraison soutenable en ville ».

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Commentaires
a écrit le 04/03/2021 à 9:42 :
Attention à bien distinguer Covoiturage et Autopartage

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