Comment Robur transforme les bouteilles plastiques en textile

TRANSITIONS ECOLOGIQUES. A quelques jours du 5e anniversaire des Accords de Paris, La Tribune Auvergne Rhône-Alpes vous propose chaque jour un éclairage sur une innovation ou initiative pour le climat. Ce lundi, zoom sur Robur, une entreprise textile lyonnaise qui vient de lancer, durant la crise sanitaire, une gamme de vêtements professionnels, fabriqués à partir de bouteilles plastiques collectées au fond des océans.

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Grâce au procédé mis en place par le fabricant Robur, 11 bouteilles plastiques issues des déchets marins peuvent être recyclées à travers la confection de chaque vêtement.
Grâce au procédé mis en place par le fabricant Robur, 11 bouteilles plastiques issues des déchets marins peuvent être recyclées à travers la confection de chaque vêtement. (Crédits : Amir Cohen)

Collecter au fond des océans des bouteilles plastiques, pour les valoriser ensuite dans un métier de niche : la conception de vêtements professionnels. Telle est l'idée, de niche, du fabricant lyonnais Robur, qui n'a pas hésité à se saisir du confinement pour développer sa nouvelle idée.

L'année n'avait toutefois pas été de tout repos pour le fabricant, spécialisé dans les vêtements professionnels à destination, principalement, des métiers de l'hôtellerie-restauration, du médical, du bien-être et de l'industrie.

Alors qu'il distribue habituellement ses produits en marque propre, à travers 1.000 points de vente en Europe, ou en sous-traitance, le lyonnais s'est heurté à un recul des commandes provenant du secteur de l'hôtellerie restauration, contraints de ne pouvoir poursuivre le rythme habituel de leurs achats durant cette crise sanitaire.

Et pourtant, l'entreprise familiale créée en 1922 et installée à Rilleux-la-Pape (CA 2019 : 19 millions d'euros, 520 salariés dont 70 en France) n'a pas hésité à lancer malgré tout sa dernière innovation, présentée il y a quelques semaines : une gamme de vêtements professionnels confectionnés à partir de fils, issus de l'initiative internationale Seaqual.

11 bouteilles par vêtement

La communauté Seaqual fédère des acteurs d'une cinquantaine de pays (ONG, pêcheurs, scientifiques, industriels etc), avec une ambition : nettoyer les océans en mettant en œuvre des projets permettant de revaloriser le plastique marin. Il s'agit de récupérer les tonnes de bouteilles plastiques captées par les filets des pêcheurs pour les recycler en polyster.

"Nous planchons sur ce sujet depuis un an. La mise en œuvre n'a pas été simple, car nos tenues professionnelles demandent une exigence particulière, par rapport aux vêtements traditionnels, en termes de robustesse et de résistance aux lavages. Il a fallu innover et élaborer un cahier des charges strict", explique Ingrid Goutagny, arrière-petite-fille du fondateur, aux manettes de l'entreprise depuis 2016.

Son idée ? Racheter des bouteilles en plastique récupérées par les pêcheurs qui, une fois transformées en polyester, sont mélangées à un équivalent du coton (le Tencel), "mais réalisé à partir d'eucalyptus qui consomme beaucoup moins d'eau", précise Rovur.

Robur

Un processus breveté, avec des débouchés sur lesquels la dirigeante ne souhaite pas s'engager sur un objectif de ventes précis : "Le trousseau de 1.000 collaborateurs du monde de la restauration représenterait la revalorisation de 250.000 bouteilles (11 bouteilles par vêtement)". Présentée au Sirha Green, cette nouvelle gamme semble avoir reçu un accueil favorable.

Développement durable et innovation

A l'image de celle portée par Robur, la somme de ces initiatives vertueuses fleurissant un peu partout sur la planète pourrait-elle permettre à l'industrie textile, à terme, de rompre avec sa sombre image d'industrie la plus polluante ?

C'est en tout cas ce qu'espère Ingrid Goutagny. "Le développement durable n'est pas une nouvelle mode chez nous, nous essayons d'apporter notre pierre à l'édifice depuis très longtemps".

Avant cette gamme Seaqual, l'entreprise lyonnaise proposait déjà des gammes respectant toutes les normes Oeko-tex. La dirigeante met également en avant son offre de recyclage des vêtements professionnels de ses clients : "Nous intégrons cette proposition à un certain nombre de nos dossiers d'appels d'offres. Ces vêtements peuvent être transformés en table de ping-pong ou tout autre objet de leur choix. Après transformation, il leur revient".

Sur tous ces sujets, Robur a une position claire. Elle propose, mais le client "dispose", en fonction de ses impératifs de coûts, de délais ou autre :  Seaqual ou gamme traditionnelle, made in France ou made in Maroc (pays où Robur dispose de deux unités de production en propre).

Seaqual n'est pas la première innovation de l'entreprise. Elle avait déjà lancé il y a deux ans, des vêtements professionnels avec thermorégulation avec sa griffe "37,5". Et elle travaille actuellement à un nouveau produit : une matière antibactérienne et virucide. Les tests sont en cours de réalisation.

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