E-santé : comment Docapost s'appuie sur les startups locales

Le marché des objets connectés dédiés à la santé pourrait atteindre 410 milliards de dollars en 2020, selon le cabinet Xerfi. Plongée dans le secteur de la e-santé, un domaine où le groupe La Poste croise son savoir-faire avec des startups d'Auvergne-Rhône-Alpes.

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(Crédits : ML)

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Elles avaient toutes deux un stand dans les allées du salon VivaTech, qui s'est tenu du 24 au 26 mai à Paris Expo, à quelques pas de LVMH ou encore de Google... Les startups iséroises Diabeloop et Sublimed étaient présentes durant trois jours au grand rendez-vous de la technologie, à l'invitation du groupe La Poste afin de présenter leur produit dans son "Lab".

"Etre ici nous permet de bénéficier d'une vitrine, et de réfléchir aux collaborations possibles avec le groupe", dévoile Nicolas Karst, co-fondateur de Sublimed.

Son dispositif connecté de neurostimulation, destiné à traiter la douleur générée par les maladies chroniques, a été mis sur le marché il y a deux mois après l'obtention de son marquage CE. "Il est désormais disponible chez les grossistes de dispositifs médicaux sur ordonnance et remboursés par la Sécurité sociale".

Son prochain défi ? Doper la commercialisation de cet appareil, en allant rencontrer les médecins et notamment les centres de la douleur des hôpitaux. La jeune pousse s'apprête à effectuer une levée de fonds de 3 millions d'euros d'ici la fin de l'année pour lui permettre de porter son produit à l'international.

A quelques mètres, se trouvait également la société Diabeloop, qui a inventé un pancréas artificiel pour les malades atteints de diabète de type 1.

"Nous avons gagné le concours French IoT de La Poste et nous les avons accompagnés au CES de Las Vegas ainsi qu'à VivaTech. Cela nous a clairement apporté un soutien significatif en matière de notoriété, en faisant connaître notre solution", affirme Stéphanie Jégu, responsable marketing de Diabeloop.

En cours de marquage CE, la commercialisation de son dispositif est attendue courant 2018. Après une première levée de fonds en juillet 2017, la startup en prépare déjà une seconde d'ici la fin de l'année, pour financer sa roadmap à l'international : "Nous allons profiter de notre présence ici pour nous faire connaître des investisseurs".

Nouveaux relais de croissance

Une collaboration gagnant-gagnant, dans un secteur où l'on n'attendait pas nécessairement le groupe postal : celui de la e-santé.

"Cela faisait plusieurs années que Docapost était le premier hébergeur de données de santé, en regroupant près de 45 millions de données patients. Nous avons voulu lancer, lors du dernier CES de Las Vegas, une application la Poste e-Santé, qui constitue un véritable carnet de santé digital, destiné à la fois au grand public dans sa version gratuite, et aux professionnels du milieu de la santé", souligne Olivier Vallet, pdg de Docapost, la filiale du groupe postal.

A l'heure où le marché du courrier se trouve en plein révolution, avec, d'un côté, le boom du e-commerce qui engendre une augmentation du nombre de colis et d'acteurs présents sur ce marché, et de l'autre côté, l'essor d'un phénomène de dématérialisation des documents qui accompagne la baisse du volume des correspondances papier, le groupe La Poste a cherché de nouveaux relais de croissance.

Avec parmi eux, la e-santé, qui provenait d'une demande émise en premier lieu par les professionnels :

"Des médecins et des professionnels du secteur se sont tournés vers nous, en nous disant qu'il n'y avait qu'un autre acteur qui pourrait déverrouiller l'accès aux données de santé, tout en représentant un tiers de confiance auprès du grand public comme des professionnels", ajoute Olivier Vallet.

Selon lui, le numérique ne constitue pas un nouveau moyen de désintermédier les professionnels de la santé, mais au contraire, "de rendre les patients acteurs de leur santé et capables de mieux partager leurs propres informations avec le corps médical".

Si le groupe n'a pas communiqué sur la part de chiffre d'affaires que le segment de la e-santé pourrait représenter à terme, il rappelle que la Poste a fait l'acquisition récemment de l'un des leaders français de la prestation de santé à domicile, Asten Santé, dont le chiffre d'affaires avoisinait les 100 millions d'euros.

Sa filiale Docapost, a, quant à elle, annoncé lors du salon VivaTech, un partenariat d'ampleur avec le leader français des cliniques privées, Elsan, afin de digitaliser les services offerts aux 2 millions de patients accueillis chaque année dans ses 120 cliniques.

Un modèle tourné vers les professionnels

Face aux enjeux de vieillissement de la population, qui entraînent des questionnements autour de la prise en charge des maladies chroniques ou de la dépendance, la santé représente plus que jamais un marché porteur. D'après la dernière étude Xerfi-Precepta (2017), le marché français de la e-santé représenterait près de 550 millions d'euros et afficherait encore de belles marges de progression.

En parallèle à son carnet de santé digital destiné au grand public, La Poste a orienté son modèle économique à destination des professionnels (hôpitaux, cliniques mais aussi mutuelles). Ils pourraient bénéficier d'une simplification de leurs tâches quotidiennes grâce à des services d'archivage et de partage sécurisé de documents et données de santé.

Premier hébergeur de données de santé avec plus de 45 millions de dossiers gérés au quotidien, mais aussi opérateur du Dossier Médical Personnel (DMP) et du Dossier Pharmaceutique (DP) pour le compte de l'Assurance Maladie et de l'Ordre national des pharmaciens, Docapost opère également plusieurs plateformes de prévention santé détenues par des mutuelles.

C'est pour accélérer le passage vers la e-santé que La Poste a tissé des partenariats avec des startups du secteur, dans une stratégie d'innovation ouverte.

"Nous les aidons à monter en puissance et à trouver des partenaires, en ciblant notamment des start-ups spécialisées dans les parcours santé et les objets connectés", ajoute David de Amorim, chief innovation officer de Docapost.

Car une grande partie des données utiles au parcours de soins pourraient provenir demain d'un nombre croissant d'objets connectés, utilisés par le grand public ou le corps médical.

"Sortir une application santé nécessite quatre à cinq ans de développement, c'est comme lancer un produit sur le marché médical", poursuit-il.

Une méthode qui permet donc au groupe de gagner en efficacité et de pouvoir compter sur des compétences de niche.

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