Mesures renforcées à Lyon : les inquiétudes pour le milieu de l'hôtellerie-restauration

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(Crédits : iStock)
Alors que les villes de Lyon, Grenoble et St Etienne sont désormais placées en alerte maximale dès ce samedi, la préfecture du Rhône a ouvert le bal ce vendredi matin en présentant le détail des nouvelles mesures renforcées, qui devront être appliquées dès ce samedi au sein de la métropole de Lyon. L'UMIH AuRa réagit et tire la sonnette d'alarme, de même que le maire et le président de la métropole de Lyon, qui regrettent un manque de concertation avec le gouvernement.

(Publié à 11:46, réactualisé à 12:30)

Fermeture des bars dès ce samedi matin, mise en place d'un protocole sanitaire renforcée au sein des restaurants... Dans une conférence de presse tenue ce vendredi matin, quelques heures après le point hebdomadaire du ministre de la Santé, Olivier Véran, la préfecture du Rhône était déjà sur le pont.

Le préfet du Rhône, Pascal Mailhos, accompagné du directeur régional de l'ARS en Auvergne-Rhône-Alpes, Jean-Yves Grall, a confirmé la fermeture totale des bars et péniches dans la capitale des Gaules, pour une durée minimum de deux semaines.

"A compter de samedi minuit, l'ensemble des bars, cafés, péniches, salons de thé et bars à chicha et autres débits de boissons de la métropole de Lyon devront fermer pour une durée minimale de 15 jours", a précisé Pascal Mailhos, soulignant que les contrôles seront renforcés, évoquant des "consignes de fermeté" données face aux établissements qui ne respecteraient pas les règles.

Des restaurants ouverts, mais soumis à un protocole strict

Les restaurants pourront quant à eux rester ouverts, sous condition qu'ils puissent mettre en place de manière stricte un protocole sanitaire renforcé qui comprend, entre autres, 6 personnes maximum par table, la mise en place d'un cahier de rappel avec destruction des données au bout de 14 jours, un espacement d'au moins 1 mètre entre les tables ainsi qu'un paiement obligatoire à table.

"La mise à disposition de gel hydroalcoolique sur chaque table, ainsi que le port du masque pour tout le personnel, y compris en cuisine, mais également pour les clients qui se déplacent" sera également rendu obligatoire, a confirmé le préfet du Rhône, qui a également demandé l'affichage de la capacité maximale d'accueil des établissements sur leur devanture ainsi que sur leur site internet.

Les établissements recevant du public, compris au sein des catégories suivantes (salles de jeux et casinos, lieux d'expositions pour foires et salons, salles des fêtes et salles polyvalentes, ainsi que les tentes, chapiteaux et structures extérieures), devront quant à eux fermer à compter de samedi. "Les stades, parcs d'attractions ou hippodromes seront quant à eux limités à une fréquentation de 50% de leur capacité maximale, avec un plafond fixé à 1.000 personnes".

Des mesures dont les deux élus locaux EELV Bruno Bernard (métropole de Lyon) et Grégory Doucet (maire de Lyon) "ont pris acte", tout en déplorant cependant "que la rencontre organisée jeudi dernier avec le premier Ministre Jean Castex n'ait été qu'une opération de communication, ne permettant pas de rendre les relations entre le gouvernement et les élus de terrain plus constructives".

Et d'ajouter, à travers d'un communiqué de presse commun : "La Métropole et la Ville de Lyon réaffirment leur préoccupation et leur inquiétude sur le plan économique, et assurent leur plein soutien aux acteurs du tourisme, de la restauration, de l'événementiel, fortement impactés par les mesures préfectorales".

L'UMIH locale tire la sonnette d'alarme

Contacté par la Tribune, le président de l'UMIH pour la région Auvergne Rhône-Alpes, Alain Grégoire, se dit très préoccupé par ces nouvelles annonces. S'il ne souhaite pas commenter directement la nature des mesures déployées par le gouvernement, il rappelle que les conséquences seront fortes pour les 2.500 établissements du secteur de l'hôtellerie-restauration et du tourisme sur la métropole de Lyon : "Depuis les mesures de début juin, la jauge d'accueil des restaurants étaient déjà descendue de 30 %. Avec ces dispositions, les restaurants vont devoir baisser de moitié leur capacité d'accueil".

Il évoque une équation économique "impossible à tenir" pour les restaurateurs des zones concernées : "Travailler avec une telle jauge n'est plus viable, car les charges fixes et variables représentent près de 70 % du chiffre d'affaires d'un restaurant. Ce qui fait que mécaniquement, on se dirige vers une perte sèche de 15 à 20 % pour chacun de ces établissements sur la période annoncée", indique André Grégoire.

Le président de l'antenne régionale de l'UMIH rappelle que, malgré les mesures annoncées par Bruno Le Maire, concernant notamment un élargissement du fonds de solidarité, les propositions ne sont "pas à la hauteur" de l'enjeu pour les commerces situés en zone d'alerte maximale. "Nous demandons depuis mars au gouvernement la prise en charge des pertes d'exploitation : nous étions notamment tombés un chiffrage comment avec Bpifrance pour une enveloppe de 9 milliards d'euros, ainsi qu'une prise en charge des loyers sur les périodes du confinement et des mesures actuelles. Ce n'est qu'à cette condition que l'on pourra sauver près de 80 % des entreprises du secteur".

Avec ses 150.000 salariés et son million de salariés à l'échelle française (dont 150.000 salariés en AuRA), le secteur du CHRD (Tourisme, Hôtellerie, des Cafés, Restauration et Etablissements de nuit)- se sent comme l'un des "laissés pour compte" de la crise sanitaire actuelle et appelle à faire du bruit, tous les vendredis matins à 11h45 en signe de protestation :

"Nous avons fait le calcul : l'État aura déboursé près de 38 milliards d'euros pour sauver durant le confinement des entreprises "fleurons" comme Renault, SNCF, etc qui regroupent près de 400.000 salariés, et on ne peut pas débloquer 9 milliards d'euros pour un secteur comme le nôtre qui emploie un million de salariés en France ?", se questionne André Grégoire.

Une situation sanitaire qui continue de se dégrader sur la métropole

Ces annonces interviennent alors que l'état des lieux de la situation sanitaire à Lyon et dans sa métropole est toujours jugé préoccupant : ce jeudi 8 octobre au soir, la région Auvergne-Rhône-Alpes avait dépassé le seuil d'alerte concernant le taux de patients Covid en réanimation, qui se situe désormais à 31%.

Alors que l'on enregistrait 96 nouvelles hospitalisations et 15 nouvelles admissions en réanimation, au cours des dernières 24 heures à l'échelle régionale (sur 978 patients encore hospitalisés au total), le département du Rhône comptait à lui seul 33 nouvelles hospitalisations et 6 nouvelles admissions en réanimation au cours des dernières 24 heures, pour un total de 386 patients hospitalisés.

Jean-Yves Grall, directeur régional de l'ARS en Auvergne-Rhône-Alpes, a souligné ce matin que la métropole de Lyon se trouvait dans une phase d'ascension, avec un taux d'incidence en population générale qui a montré, depuis une semaine, "une ascension régulière", "avec 240 cas pour 100.000 habitants en fin de semaine dernière, 245,7 cas en milieu de semaine, 270 hier et 290 aujourd'hui". Et d'ajouter que le taux d'incidence chez les personnes de plus de 65 ans s'élevait à 145 pour 100.000 habitants hier, et à 190 aujourd'hui.

"Compte-tenu de la situation des patients Covid et non Covid qui augmente fortement en réanimation, je vais demander au directeur des HCL pour que l'on puisse mette en place un blanc adapté sur le territoire, et réfléchir à une déprogrammation partielle des interventions, organisée avec les professionnels, dès la semaine prochaine", a ajouté Jean-Yves Grall.

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