Des chalets pour construire une cordée face à la misère

A l'heure où les stations de sports d'hiver entament un très timide début de saison, leurs remontées toujours mises à l'arrêt, le fondateur de l'association Habitat et Humanisme, Bernard Devert, revient sur l'image du chalet qui, d'abord pensé comme un lieu de villégiature en montagne, pourrait aussi devenir un outil d'insertion en mode de vie urbain, comme en témoigne un projet bâti avec l'association L'Entreprise des Possibles.
(Crédits : Reuters)

On se souvient de l'aphorisme prêté à Alphonse Allais : "on devrait construire les villes à la campagne, car l'air y est plus pur !"

Cette pureté, cette fraîcheur, nous l'avons trouvée aussi à la périphérie de la ville, en bâtissant des chalets à destination des mères et de leurs enfants confrontés à la rue.

Cette opération fut conduite à l'initiative d'un mécène (Alain Mérieux, ndlr) qui, pour avoir notamment initié l'Entreprise des Possibles, confère à l'économie une mission : lutter contre la misère qui, sans pudeur, met à la rue ceux qui n'ont rien.

Le chalet : un pass pour prendre la clé des champs ?

Ces constructions ont été rendues possibles en seulement quelques semaines, via un permis de construire précaire autorisant une mise à l'abri des familles dans des espaces confortables, et ouvrant un horizon inattendu et inespéré.

La clé de ces chalets n'est pourtant pas celle des champs, mais celle qui suscite un chant intérieur, témoignant de la joie de ces mères qui savent désormais que la vie, malgré ses rudesses, peut être traversée par la tendresse.

L'image du chalet elle-même renvoie au refuge : une sécurité, plus encore un lieu où l'on reprend des forces. Loin d'être le terme d'un parcours, il est la source d'un possible recommencement aux fins d'aller plus loin, de monter plus haut.

Cette approche, partagée par tous les acteurs de cette "opération de sauvetage", préside à l'accompagnement des mères et de leurs enfants. Un avenir se fait alors jour.

chalets

La solidarité, animée par la générosité, se révèle une cordée

Lionel Terray, grand alpiniste, donna à l'un de ses livres ce beau titre : Les conquérants de l'inutile, non point une futilité, mais une énergie enthousiaste et audacieuse pour toucher à cet essentiel qui s'offre, alors, dans une gratuité virginale.

Telles les graines d'un chapelet, les chalets sont espacés, retrouvant ici l'image de la cordée où chacun est proche, sans aucune promiscuité, pour mieux habiter l'intimité trouvée ou retrouvée qui n'est pas sans faciliter l'émerveillement.

Les chalets, histoire d'une hospitalité qui, dans la chaîne du logement, inscrit un maillon répondant à cette impérative urgence de bâtir, afin que les plus vulnérables n'aient pas encore et toujours à attendre.

L'humanité d'une société s'évalue non seulement à l'aune de son attention à la fragilité, mais aussi à sa capacité à offrir sans délai un toit, sans lequel il n'y a pas de soi.

A cette condition vitale pour exister, ces chalets participent.

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