Réfugiés : les acteurs économiques ont un rôle à jouer !

L'Europe est confrontée à la plus grave crise humanitaire depuis 1945. Chaque pays doit prendre part à l'effort consenti, en relocalisant équitablement les demandeurs d'asile entre États membres. Mais il faut combiner ces décisions à des actions locales, afin de donner aux migrants la possibilité de se reconstruire et de s'intégrer. Les acteurs économiques ont ainsi pleinement leur rôle à jouer. Par Jean-François Ploquin, directeur de Forum réfugiés.
Jean-François Ploquin, directeur général de l'associatioN Forum réfugiés
Jean-François Ploquin, directeur général de l'associatioN Forum réfugiés (Crédits : Forum réfugiés)

Après de nombreux drames similaires, l'image terrible du corps sans vie du petit Aylan Kurdi, âgé de trois ans, mort noyé après avoir échappé aux bras de son père sur une embarcation naviguant vers la Grèce, a suscité une forte émotion et, au-delà, une prise de conscience : le monde et l'Europe sont en effet confrontés à la plus grave crise humanitaire depuis 1945.

Atteindre un refuge sûr et durable

À lui seul, le conflit syrien a causé le déplacement forcé de 6,5 millions de personnes en Syrie même et de 4 millions de réfugiés dans les pays limitrophes : Turquie (le pays qui accueille aujourd'hui le plus de réfugiés dans le monde), Liban, Jordanie... La poursuite du conflit en Syrie et la dégradation des conditions d'accueil dans ces pays, faute de moyens suffisants des agences des Nations unies, poussent des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants à tout risquer pour atteindre un refuge sûr et durable.

Aux Syriens s'ajoutent des Irakiens, Afghans, Érythréens... qui n'ont, du fait de la guerre ou de régimes très répressifs, d'autre choix que de se jeter à corps perdu dans des périples éprouvants, parfois mortels, à travers déserts, montagnes et mers pour échapper au pire.

La France est dix fois moins sollicitée que l'Allemagne

Les pays européens découvrent aujourd'hui l'ampleur d'une réalité dont ils étaient jusque-là relativement préservés, la charge de l'accueil étant très majoritairement assurée dans les pays voisins des théâtres de crise. À l'extrémité occidentale de la péninsule européenne, la France est aujourd'hui dix fois moins sollicitée que l'Allemagne. En 2014, notre pays n'arrive qu'au 12° rang européen pour le nombre de demandes d'asile rapportées au nombre d'habitants.

Le constat de la crise du système d'asile français ayant été posé, une réforme est engagée et les réponses se construisent. Le gouvernement a lancé la création de capacités d'accueil supplémentaires pour les demandeurs d'asile - dont la demande de protection internationale est à l'étude - et pour les réfugiés - auxquels cette protection est accordée du fait des persécutions ou des menaces subies.

Chacun doit prendre sa part de l'effort consenti

Il ne suffit pas cependant d'accueillir les demandeurs d'asile qui parviennent jusqu'à nous après avoir franchi mille obstacles : il faut en premier lieu prendre sa part de l'effort consenti par les pays européens les plus exposés (Grèce, Italie...), en relocalisant équitablement les demandeurs d'asile entre États membres de l'Union.

Plus encore, il faut permettre aux réfugiés reconnus comme tels par les Nations unies dans les pays de premier accueil (au Liban, les réfugiés syriens représentent le quart de la population du pays), de se réinstaller dans nos pays sans avoir à voyager au péril de la mer. Aux côtés d'autres États européens, la France s'est engagée en juillet à accueillir en deux ans 2 400 réfugiés réinstallés et 6 750 demandeurs d'asile relocalisés (sur 60.000 en tout en Europe). C'est à un effort bien plus important que les États membres de l'UE doivent consentir pour être à la hauteur des besoins.

Action locale et solidarité

Mais les décisions gouvernementales ne suffisent pas : pour qu'elles se traduisent dans les faits, il faut l'action conjuguée de l'administration, des municipalités, des acteurs de l'asile et des citoyens. Dans cette période critique, le rôle des élus, à commencer par les maires, est décisif pour entraîner l'adhésion d'habitants qui, passées les premières inquiétudes, découvrent les richesses d'un vivre ensemble avec des personnes qui témoignent à la fois d'une vive reconnaissance pour la France qui les a accueillis et d'un dynamisme appuyé sur de nombreux talents pour reconstruire leur vie.

Cela passe par l'accès au logement, l'apprentissage du français, la formation professionnelle et l'emploi : les acteurs économiques, à commencer par les entreprises, ont ainsi pleinement leur rôle à jouer pour permettre à ces personnes de recouvrer leur dignité et de contribuer à la vie sociale et économique du pays.

Seule cette synergie permet de passer de la sidération de l'émotion aux résultats d'une action durable.

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Commentaires 5
à écrit le 30/09/2015 à 16:44
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Dans le cadre de l'aide apportée aux migrants Syriens , nous vous soumettons notre proposition de cours de français langue étrangère GRATUITS à tout étudiant étranger. Prière de nous contacter à l'une de ces adresses : abc.nationsorg.com ...

à écrit le 23/09/2015 à 7:52
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Est ce que ce n ai pas le but premier de daech de nous envoyer en masse des populations à majorite islamique dont on ne sais pas quoi faire pour nous affaiblir socialement et économiquement?Que savons nous de ces pauvres gens,combiens parmis eux son...

à écrit le 16/09/2015 à 15:58
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« Le constat de la crise du système d'asile français ayant été posé », l’accueil des demandeurs d'asile passerait par « l'accès au logement, l'apprentissage du français, la formation professionnelle et l'emploi : les acteurs économiques, à commence...

à écrit le 08/09/2015 à 11:30
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continuez c'est bien, c'est humain

à écrit le 07/09/2015 à 17:35
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Attendons d'en savoir plus sur les propositions locales pour apporter soutien et moyens

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