Palmarès du 9e Prix Acteurs de l'économie - La Tribune : hymne à la joie

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
La 9e édition du Prix Acteurs de l'économie - La Tribune, cette année organisée en partenariat avec l'Université Jean Moulin Lyon 3, a rendu son palmarès lundi 18 mai au Musée des Confluences lors d'une cérémonie présidée par le paléoanthropologue Pascal Picq. Douze lauréats qui témoignent qu'entreprendre est, avant tout, une joie. Pour soi autant que pour tous ceux (collaborateurs, destinataires, territoire) qui en partagent le sens et l'utilité.

Antoine Raymond (ARaymond), Laurent et Olivier de la Clergerie (LDLC.com), Daniel Kawka (Ose), Franck Renaudin (Entrepreneurs du monde), Manuel Patrouillard (Handicap International), Gautier Cassagnau (Geolid), Jean-Marc de Boni (Nef), Marie-Pierre Dumaine (Groupe Valtex), Rémi Rochon (EO Guidage), Sarah Da Silva Gomes et Acil Jabou : la typologie du palmarès de la 9e édition du Prix Acteurs de l'économie - La Tribune, cette année co-réalisé avec l'Université Jean Moulin Lyon 3, est à l'image du lieu, le Musée des Confluences, qui hébergeait la cérémonie. Elle met en lumière hier et demain, elle relate les lentes métamorphoses ou les violentes déchirures communes à l'aventure entrepreneuriale et à l'humanité, elle met en exergue différentes manières de bâtir l'avenir, elle incarne l'extraordinaire variété des parcours et des vocations de ceux qui font « l'histoire » d'entreprendre, enfin elle fait écho à un « fait » de civilisation : la rupture.

Rompre, un acte entrepreneurial

Ruptures des temps et des logiques, ruptures spatiales et technologiques, ruptures des repères et des raisonnements. Rupture des valeurs aussi. Bien sûr, toutes les ruptures ne sont pas les bienvenues, toutes ne sont pas synonymes de progrès ou d'heureuses opportunités, certaines marginalisent et fragilisent, malmènent des valeurs fondamentales de l'humanité. Dans le recueil d'entretiens Tous debout ! (2014, RH Editions), Alain Finkielkraut invite à ouvrir le XXIe siècle « avec intelligence », c'est-à-dire à résister à certaines ruptures, celles qui fracturent le continuum de l'histoire, celles qui éteignent ce qui fait racine et héritage, celles qui menottent aux diktats de la réactivité, de l'immédiateté, de la superficialité, de l'accumulation et du bruit, celles qui ringardisent le silence, la lenteur et les traditions, celles qui sacralisent la tyrannie du présentisme que le philosophe baptise « ethnocentrisme du présent ». Le substantif rupture est donc, communément, de connotation nocive.

Mais il est une réalité de notre époque, et dès qu'on lui substitue le verbe il se pare de couleurs lumineuses. Car rompre, c'est accepter l'obstacle, c'est se mettre en mouvement pour le franchir ou l'esquiver, c'est se saisir des possibilités qu'il concentre ou dissimule, c'est agir avec détermination et courage pour explorer une situation inédite, c'est prendre et assumer un risque, c'est s'adapter, c'est être mobile, agile, à l'affût, opportuniste, c'est se remettre en question et en cause. C'est bel et bien être entrepreneur. Désormais dans toutes les filières économiques, ne pas se mettre en dynamique de rupture, c'est signer son arrêt de mort.

Sens et utilité

C'est donc le choix de la rupture qui avait dicté l'organisation de cette soirée. Un nouveau lieu, un jury en grande partie renouvelé, dix prix dont la catégorisation avait été remodelée et dont certains firent appel à l'appréciation du public après avoir mobilisé les internautes pendant plusieurs semaines, un co-partenariat inédit avec l'Université Lyon 3, que le président Jacques Comby et le vice-président Alain Asquin impliquent singulièrement dans l'enjeu entrepreneurial. Et un président de cérémonie, Pascal Picq, particulièrement pertinent pour l'occasion. Et pour cause, ce paléoanthropologue au Collège de France, qui d'ailleurs a participé au conseil scientifique du Musée, travaille à mettre en perspective sa connaissance de l'humanité la plus lointaine avec les enjeux de société contemporains. Qu'il s'agisse de la place de la femme, de la laïcité, de l'exercice politique, des processus d'innovation ou de management, il n'a de cesse d'extraire de toutes les ruptures, paresseuses ou violentes, qui ont escorté l'humanité, le substrat d'une appréhension voire d'une maîtrise de ce qui fonde notre quotidien, notre devenir, notre civilisation, et ainsi de nous interroger sur le sens et sur l'utilité de ce que nous entreprenons.

Honorer la réussite

Ce sens et cette utilité, pour soi et pour les autres, pour l'écosystème et pour le territoire, pour ses contemporains ou les générations ultérieures, constituent le fondement même de l'acte d'entreprendre, ils composent la principale nourriture intellectuelle, émotionnelle et spirituelle des entrepreneurs, ils irriguent l'humanité de l'aventure entrepreneuriale et l'humanité du progrès. Ce sens et cette utilité, qui font fleurir estime et dignité et in fine font naître une œuvre collective, fécondent des trésors : l'altruisme, le partage, la résilience. L'empreinte, la conquête, la réciprocité. Le dépassement de soi, la créativité, le travail. Et la réussite - oui, cette réussite trop souvent galvaudée et jalousée, cette réussite fréquemment victime d'opprobre et otage des dogmatismes, cette réussite que l'ignorance ou le mépris d'une partie de l'aréopage politique ostracisent, enkystent et même fossilisent, et bien cette réussite participe à la joie d'entreprendre, à la joie de réaliser et de se réaliser, à la joie de contribuer, même très modestement, à ce fameux, ce précieux et pourtant si fragile vivre-ensemble qui fait société et qui fait civilisation.

Le droit de rêver

Une joie que l'on peut exprimer, comme l'ont démontré les lauréats, dans la grande, la petite ou même l'embryonnaire entreprise, dans l'organisation privée, publique ou associative, dans l'industrie traditionnelle, l'art, les technologies les plus innovantes ou l'artisanat, bref partout où l'on est en mesure, dès lors qu'on en a la détermination et la foi, de bâtir, d'oser, de risquer, de faire grandir, de se redresser, de contre-attaquer, d'inventer. Et de rêver. Et bien sûr, ce sont ces trésors sculptés dans la quête de sens et d'utilité qui ont arbitré les choix du jury* au moment de désigner les lauréats. Ces trésors qui devraient convaincre tout le monde, et même ordonner à tout le monde - des enseignants aux élus politiques - d'aimer l'entreprise, d'aimer les entrepreneurs, de faire aimer entreprendre. Car n'oublions pas, et Pascal Picq du haut des millions d'années d'humanité qu'il a examinées le sait mieux que tous : entreprendre c'est ni plus ni moins qu'être en vie et donner vie.

*Marc Grivel, Philippe Garcin, Alain Asquin, Claire Saddy, Marie Trouhet-Viel, Abdenour Aïn Seba, Olivier Marion, Michel Coster, Jean-Pierre Verjus, Lucas Mesquita, Cyril Kretzschmar, Dorothée Leiseing, Bernard Gloppe, Xavier Kergall, Laurent Baccouche, Romain Charbonnier, Guillaume Fradin, et Denis Lafay.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2015 à 9:13 :
Bonjour Je trouve ce prix formidable et en tant que Présidente d'un important réseau de femmes Féminin Pluriel j'aimerais savoir si nous pourrions nous y associer? Merci

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