Candidat Hollande, le premier coupable

Par Denis Lafay  |   |  977  mots
(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
La crise de régime, en premier lieu idéologique, que révèle cette folle rentrée gouvernementale, trouve son origine dans la Primaire socialiste puis dans la synthèse programmatique du candidat Hollande. Promesses irréalistes, doctrines délétères, exhortations incompatibles avec le cap social-libéral appelé à être mis en oeuvre : deux ans plus tard, députés, électeurs... et Parti socialiste sont pris au piège.

La colère, le rejet, même l'opprobre se sont abattus sur les trois dissidents Aurélie Filippetti, Benoit Hamon et surtout bien sûr Arnaud Montebourg. Coupables de tous les maux, l'ingratitude et l'incohérence en tête, les sécessionnistes concentrent, au-delà de leur cénacle, les pires anathèmes. Certes, personne n'est dupe des manœuvres politiciennes que le désormais ex-ministre de l'Economie poursuit en se plaçant en marge d'un gouvernement qu'il sait, mieux que d'autres, condamné à court et moyen termes à de piètres résultats et dont il pourra s'autonomiser d'ici la campagne des primaires en 2016 - 2017. Mais sont-ils pour autant les premiers et principaux responsables de cette crise de régime ?

Chimères

Ce premier et principal responsable est celui qui, finalement, aura été le plus épargné (pathétiques images sur l'Ile de Sein exceptées) depuis le début de la semaine : François Hollande. Non pas "seulement" le Président de la République, mais le candidat de 2012, celui qui avait pour « ennemi la finance », celui qui promettait l'irréalisable, celui qui maintenait le « rêve » d'une économie égalitaire, celui qui si peu souvent défendit publiquement les vertus de l'entreprise et la cause entrepreneuriale.

Celui qui, obsédé par le confort du consensus, jamais n'osa affirmer une ligne politique claire. Celui qui jamais n'assuma ce qu'il demande aujourd'hui à Manuel Valls de mettre en œuvre : une politique courageuse de compétitivité. Comment, lorsqu'on a à ce point, c'est-à-dire de manière aussi démagogique, admonesté l'argent pour rallier les suffrages, peut-on justifier auprès de l'opinion publique la nomination d'un ancien banquier associé chez Rothschild ? Comment peut-on demander aux citoyens d'aimer l'entreprise et le travail, de nourrir l'ambition et la réussite, lorsqu'on s'est escrimé avec méthode à les discréditer ?

Députés piégés

Or, c'est sur la foi de promesses à ce point populistes que les députés furent élus. Députés au contact d'administrés que l'incompréhension gagna peu à peu pour désormais exploser. Dans ces conditions, de quel droit peut-on fustiger ces parlementaires « frondeurs » ? Ne se sentent-ils pas légitimement floués et même trahis par l'exécutif ? Un Président est désigné sur la foi d'un programme ; croire ou espérer que les électeurs l'oublient est une lourde erreur.

Quoi d'autre que les espérances illusoires du candidat Hollande est donc responsable de l'opposition endogène à laquelle le gouvernement Valls II va être confronté, et cela dès l'examen du budget 2015 ? Et que personne ne se méprenne : même si l'Assemblée nationale souscrit officiellement aux propositions de loi - ni les parlementaires de la majorité originelle ni une droite républicaine totalement déliquescente n'ont intérêt à risquer la dissolution -, leur application dans les territoires se heurtera à d'autres formes de résistance, celle-ci souterraines.

Primaires symptomatiques

Il faut remonter à l'automne 2011 pour comprendre le séisme du 25 août 2014. Un automne in fine symptomatique et même emblématique d'une évidence : le Parti socialiste n'est plus. Souvenons-nous des « projets pour la France » portés par François Hollande, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet. Au-delà des traditionnels poncifs, qu'avaient-ils en commun ? Qui a oublié la joute bien davantage que programmatique : idéologique, qui opposa Manuel Valls et Arnaud Montebourg, plus tard réunis sous le même toit gouvernemental, sur le thème, ô combien significatif, de la TVA sociale ? A vouloir « marquer » leur territoire et se différencier, tous prirent le risque d'une synthèse et d'une quintessence finales, conduites par François Hollande, finalement inaudibles, incohérentes, insolubles. Et inapplicables.

« Ultralibéral » Gérard Collomb

Concilier l'inconciliable, réconcilier l'irréconciliable, mettre en oeuvre des engagements antithétiques est une vue de l'esprit. Qui, en cette rentrée, se paye au prix fort et fait la preuve que certains hiatus sont irréparables. Lorsque dans ces colonnes un internaute se félicite que le maire de Lyon Gérard Collomb n'entre pas au gouvernement au nom de « l'ultralibéralisme » qu'il incarne, la messe est dite.

En matière de dogme économique, Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg sont aussi éloignés l'un de l'autre qu'Alain Juppé et Hervé Novelli. Et nombre de convictions partagées par l'aile sociale-libérale du PS se superposent sur celles d'une partie de la droite républicaine. Qu'est-ce qui distingue le nouveau ministre de l'Economie du directeur de cabinet du président du Medef Pierre Gattaz, Olivier Gainon, social-libéral assumé ? L'heure est peut-être à clarifier définitivement un paysage politique rongé par l'effacement des frontières idéologiques traditionnelles - ce qui simultanément affaiblit la santé de la démocratie et fait les beaux jours du Front national.

Une gauche de trop ?

Pour toutes ces raisons, compréhension et respect doivent être assurés aux parlementaires et à certains ministres dissidents. Mais la question se pose à chacun d'eux : demain, que signifiera « être et agir en responsables » ? Se résigner, étouffer leurs convictions, et soutenir malgré tout le gouvernement afin de lui donner l'opportunité de réussir ? Ou prendre le risque de déclencher une crise institutionnelle aux dramatiques répercussions ? Douloureux écartèlement. Et cruel dilemme.

Premières réponses ce week-end à la Rochelle, lors d'une Université d'été du PS qui s'annonce explosive. Seule certitude : la "guerre des gauches" ainsi résumée par François Bayrou n'est pas compatible avec la résolution des enjeux titanesques que le gouvernement doit accomplir. L'une des deux est de trop - non, bien sûr, dans le débat démocratique, mais dans le processus décisionnel. Comment, sinon, l'équipe sociale-libérale du nouveau gouvernement pourra-t-elle donner les preuves de la "déclaration d'amour pour l'entreprise" que Manuel Valls a partagée avec les patrons réunis mercredi par le Medef ?