"Nous sommes des observateurs attentifs de la société", Thierry Roche, architecte

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(Crédits : Patriarca)
Tendance, mode de vie, attentes des utilisateurs, l'architecte aux multiples réalisations Thierry Roche, associé chez Atelier Thierry Roche & Associés, décrypte ses démarches pour coller aux réalités du marché.

Architectes et promoteurs ont de tout temps fait évoluer les modes d'habiter aussi bien sur leur forme que sur l'organisation intérieure, comment travaillez-vous pour repérer les nouvelles tendances qui séduiront les utilisateurs ?

Thierry Roche : L'architecte s'efforce de traduire les attentes de la société à un instant T. Notre rôle est finalement d'accompagner les métamorphoses de la société en créant de la bienveillance. Et ce à plusieurs échelles : l'idée est d'être bien seul dans son logement, d'être bien dans son immeuble et d'être bien dans son quartier...pour être bien avec les autres. Nous sommes donc des observateurs attentifs de la société, mais nous sommes malgré tout parfois en retard.

Donc il vous arrive aussi parfois d'être en avance ?

Peut-être en décalage avec ce qui peut être accepté par les utilisateurs. En tous cas, nous sommes très attentifs aux retours d'expériences pour parfaire nos projets. Nous travaillons avec des sociologues afin de vérifier que ce que nous avons proposé sur un immeuble soit accepté par ceux qui y vivent. Ainsi, dans les années 90, nous avons réalisé les premiers bâtiments à énergie positive tous usages, puis les premiers bâtiments passifs, notamment dans la ZAC des Hauts de Feuilly à Saint Priest. L'étude sociologique a montré que les résidents avaient du mal à comprendre comment faire vivre ces immeubles. Nous avons donc ensuite travaillé différemment en plaçant l'habitant au cœur des projets et non plus en lui imposant les innovations d'un projet.

Comment s'organise ce mode de faire ?

Les retours des sociologues nous aident et nous misons beaucoup sur l'accompagnement. Par exemple, lorsque nous avons commencé à travailler sur des immeubles avec des jardins partagés, nous avons sollicité des spécialistes de la gestion de ces jardins partagés afin de susciter l'adhésion des futurs habitants avant même que leur immeuble soit livré. Aujourd'hui, nous poursuivons cette démarche avec les espaces communs. L'idée est de définir les usages de ces espaces partagés avec les futurs habitants. De fait, nous répondons à leurs besoins et en même temps, nous créons du désir et une histoire. Cette démarche, que nous avons notamment mise en œuvre dernièrement dans le cadre du projet Oasis Park dans le 8ème arrondissement de Lyon, permet de créer des copropriétés plus apaisées puisque chacun a contribué à les construire.

Comment se fait le lien avec les promoteurs ?

Bien évidemment la prise en compte de ces nouveaux usages amène des coûts supplémentaires, mais ces surcoûts restent limités et nous les anticipons puisque nous les intégrons dès le départ dans le budget global de l'opération. Les promoteurs sont réceptifs de telles démarches, car ils y trouvent des avantages sur le plan de la commercialisation. Les arguments de vente sont, en effet, très différents puisque nous suscitons le désir en proposant une aventure aux futurs acquéreurs. Sans compter que nous impliquons beaucoup les équipes de vente en leur expliquant le projet et ainsi, cela les stimule de vendre une histoire et pas de simples mètres carrés.

Est-ce que les tendances évoluent plus vite ces dernières années qu'auparavant ?

Peut-être pas plus vite, mais avec plus d'exigences de la part des nouvelles générations pour qui le logement est un peu la bouée de sauvetage face aux évolutions de la société. Ils recherchent aujourd'hui quelque chose qui les rassure et qui laisse une large place au vivre ensemble.

Quels pourraient être les barrages à la prise en compte de ces nouvelles attentes ?

Sans aucun doute le durcissement de la règlementation qui nous conduit à faire toujours le moins mauvais projet et trop rarement le meilleur. Et puis, il faut produire, plus vite, plus performant, moins cher en intégrant de plus en plus d'acteurs. Le danger de cela est d'aller vers l'industrialisation de l'habitat, or l'habitat ne s'industrialise pas, il doit rester bioculturel. C'est la différence entre habiter et loger !

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